FORUM SAINT-JOHN PERSE

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 A propos de : VENTS

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Olivier



Nombre de messages : 66
Date d'inscription : 27/08/2006

MessageSujet: Re: A propos de : VENTS   Mer 18 Avr - 5:38

Je meurs de rage à cause de mon ordinateur, qui, hélas, a encore une fois décidé de me fausser compagnie...
Alors avant tout, merci pour votre réponse, et n'hésitez tout de même pas à prendre tout le temps qu'il vous faut dans ce genre de situations...
Pour une réponse "lacunaire", c'est tout simplement jubilatoire. Je raffole de ce genre d'éclairages détaillés, surtout lorsqu'il s'agit de "référentiels ailés", pour faire honneur au langage de J-P. Richard. Je ne sais à vrai dire ce que vous pourriez bien rajouter à propos de l'Anhinga, mais mon avidité est absolue sur cette question du rapport aux oiseaux, donc j'ouvre tout grand l'oreille et le bec. Ces informations sont complètement capitales, je vous passe les commentaires enthousiastes que j'avais spontanément écrits.
"Dont l'existence n'est point fable": tout un pan de l'esthétique de Perse, effectivement... Parti pris du merveilleux du réel contre celui de la fable, oui, et écho significatif, n'est-ce pas, à Anabase, où ce parti pris du réel est déjà, justement, placé sous le signe de l'oiseau:

"Je m'élèverai dans mes pensées contre l'activité du songe; je m'en irai avec les oies sauvages, dans l'odeur fade du matin..."

Tout ceci me laisse dans un ravissement profond...
Mais la fin du développement m'interpelle aussi, du coup:
" Et l'oiseau Anhinga, la dinde d'eau des fables[...]
A quelle page encore de prodiges, sur quelles tables d'eaux rousses et de rosettes blanches, aux chambres d'or des grands sauriens, apposera t-il ce soir l'absurde paraphe de son col? "

S'il y a un horizon référentiel, il m'échappe. Je m'en remets donc à vos lumières, même si l'image est déjà éblouissante en elle-même.
En fait, le Littré m'indique gracieusement par exemple dix-huit sens du mot "rosette", ce qui ne m'étonne pas vraiment de Perse, mais me décourage de poursuivre le décryptage par moi-même...
Je me risque par plaisir à forger ma petite hypothèse. Si j'en crois l'isotopie de l'écriture et du livre ("chambre"+"tables" avec la polysémie du mot+"page"+"paraphe"), derrière le milieu naturel évoqué (surface d'"eau" sur laquelle se détacherait la silhouette fabuleuse de l'oiseau), seraient évoqués le livre d'Audubon, et ce cou ophidien de l'oiseau dessinant comme un paraphe étrange sur la page... (l'oiseau étant proche des reptiles, la page se situe à proximité des "tables d'or" représentant les sauriens)
Je fais fausse route?

Parce que s'il y a vraiment cette présence du livre en arrière-fond, on est effectivement dans un cas de figure proche de celui de l'Annaô: les merveilles du réel doivent être inscrites, pour resplendir pleinement, dans la gangue d'un beau nom ou d'un beau livre; seul l'acte de l'inscription parachève leur sacre. C'est l'oiseau nommé et enlivré qui apporte la vraie plénitude. Un peu comme si le livre d'Audubon était pleinement ici une image du texte rêvé.
En quelque sorte, dignité du réel indépendamment de toute esthétisation par la fable, certes, mais pas indépendamment de la nomination de ce réel, et du poète-officiant qui en est chargé. (Donc réelle différence ici avec d'autres poétiques mettant en jeu un rapport au réel, mettons un Ponge par exemple, où l'étrangeté et la beauté du réel sont carrément données comme préexistantes au poète et au langage, où l'acte de langage en tout cas est donné comme secondaire par rapport à l'émotion devant les choses. C'est ce que je pensais un moment pour Perse, mais je crois que c'est peut-être plus complexe, notamment à cause de cette figuration insistante au sein du texte du poète, qui ne s'efface jamais complètement devant le réel. Ce n'est pas très clair..)
Prenons ce verset magnifique d'Exil, qui me semble vraiment significatif de cette tension. "Et la merveille est annoncée par ce cri: "ô Merveille": je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve la formule assez ambiguë. Comment comprendre ce cri qui fait surgir la merveille? Est-ce simplement un acte qui hèle, interpelle, attire l'attention sur cette merveille, largement préexistante donc au cri (du poète)? Ou faut-il voir en ce cri autre chose, un cri démiurgique qui crée carrément la merveille? (vous savez ce que fait Perse du rapprochement Crier/Créer, et ce n'est pas pur plaisir de la paronomase). Dans ce second cas, la merveille n'existe pleinement que par cette nomination (cf le glissement à la majuscule, "merveille" sacralisée en "Merveille").

C'est peut-être finalement un peu artificiel comme alternative, je ne sais pas. Je dirais finalement que d'une part, cette beauté et cette étrangeté prodigieuses de l'Anhinga, un peu comme vous le montriez pour l'Annaô, appellent nécessairement un prolongement langagier adapté. Mais je crois qu'il s'agit d'autre chose que d'un simple prolongement, et que le risque est de minorer l'importance du geste même de l'inscription (en l'occurrence le livre d'Audubon) ou de la nomination. Une poétique de l'émerveillement qui se joue, effectivement, mais selon des modalités tout de même très particulières, avec l'idée souvent présente (je ne voudrais pas non plus généraliser) d'un haut ministère du poète. Et je précise bien en me relisant: je ne parle pas (d'abord) d'une conception chez le poète/l'écrivain/l'auteur Saint-John Perse d'un ministère du poète, mais bien de la figuration dans le texte même, en abyme donc, de cette haute charge dévolue au poète.
Quoi qu'il en soit, il y a bien d'abord une fascination pour tous ces oiseaux fabuleux, et je comprends complètement Perse sur ce point. Merci encore pour ces renseignements précieux sur l'ami Anhinga!

amicalement, Olivier
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