FORUM SAINT-JOHN PERSE

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 A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE

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angelus



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MessageSujet: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Lun 21 Aoû - 20:16

Je remarque que pour l'instant, sur le forum, il est beaucoup question de Vents et pas encore beaucoup de Chronique et Chant pour un équinoxe.

Alors j'ai une question à propos du symbole de "Midi" dans Sécheresse. Comment interpréter ces deux passages où apparait le motif :

« Midi l’aveugle nous éclaire : fascination au sol du signe et de l’objet »

« Les chiens descendent avec nous les pistes mensongères. Et Midi l’Aboyeur cherche ses morts dans les tranchées comblées d’insectes migrateurs.
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Lun 21 Aoû - 21:46

Merci pour votre question ; elle va nous permettre en effet d'aborder un peu les poèmes provençaux.
A propos de cette thématique de Midi, je dois avant tout vous conseiller la lecture, au sein du séminaire en ligne de la rubrique agrégation, de la communication de J. Gardes-Tamine, au colloque de Tunis de 2004 : http://www.sjperse.org/gardes-tamine.htm

L’une des analyses du texte de Joëlle Gardes-Tamine fait état de l’importance de l’heure de Midi dans l’univers poétique de Saint-John Perse. Il est certain que c’est là un trait essentiel, qui peut effectivement faire le lien avec l’univers méditerranéen. Une perspective à propos de ce topos de la poésie persienne : sinon en terme d’inspiration directe, du moins en guise de passerelle, on a déjà dit le parallèle entre cette insistance-là et l’importance de Midi chez Claudel. Il est étonnant de trouver chez les deux poètes ce même repère temporel : une conjonction peut être constatée ici, qui débouche bien sûr des désinences tout à fait différentes. Midi est souvent synonyme de dramatisation chez Claudel, l’évocation de l’heure coïncidant toujours avec une accélération de la trame dramaturgique au sein du théâtre claudélien (que l’on songe bien entendu à ce Partage de Midi qui fait de l’heure zénithale le milieu temporel de toutes choses et le début d’une précipitation des personnages dans le drame), et dans l’œuvre poétique, étant souvent de l’ordre d’un déploiement du ton solennel (à voir dans les Cinq grandes Odes). C’est peut-être ce registre de solennité qui peut être le trait commun des évocations de Midi avec l’œuvre de Perse : une même ardeur s’opère là. Il serait hâtif de parler en l’occurrence d’inspiration directe voire d’influence, mais on connaît les liens étroits qui relient la poésie de Perse et celle de Claudel ; il n’est pas impossible qu’il y ait là plus qu’une conjonction intertextuelle…

En revanche, les évocations nombreuses de Midi dans la poésie de Senghor ne font aucun doute, chez ce lecteur ardent à la fois de Claudel et de Perse : l’inspiration est manifeste, et ce qui caractérise ce fin alchimiste de la création que fut Senghor, c’est que le motif se trouve pleinement réinvesti dans le cadre africain. Ainsi, Midi est chez Senghor, en accord total avec les croyances animistes inhérentes au Sénégal, associé à l’intrusion des Morts dans le monde des vivants : Midi, l’heure du cortège des Morts – ce pourquoi il est déconseillé de s’attarder à l’extérieur à ce moment-là. « Midi l’aveugle » chez Perse s’est donc mué en Midi où il ne faut pas être vu de l’au-delà : les Midi de Sécheresse ne sont pas si loin de ceux de Joal…

Mutatis mutandis, il peut être intéressant de savoir que dans le monde créole, sans doute dans un rapport lointain mais néanmoins agissant à l’Afrique matricielle, les heures de la journée sont également teintées de croyances ésotériques : ainsi, particulièrement l’heure du crépuscule est réputée pour être malfaisante, moments où les esprits peuvent prendre possession des malheureux qui oseraient braver l’interdit d’une déambulation quelconque. L’heure est d’ailleurs appelée « le serein », manière certainement de désigner cet apparent calme qui dissimule en fait un pouvoir maléfique…

Midi persien, claudélien et senghorien – et « serein » créole : les moments habités d’invisibles pouvoirs, et de poésie tangible…
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Almageste

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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Lun 21 Aoû - 22:04

Puisqu'on en est aux appréciations intertextuelles, je me permets d'ajouter que Midi, heure du drame, n’est pas spécifique à la seule poétique persienne. Un autre écrivain, Jean Giono, modula à sa manière ce très haut ton du jour, et il le fit dans le sens d’une outrancière manifestation du drame. Que ma joie demeure, paru en1935, met en scène les contours de cette symbolique solaire, liée en son acmé à une vertigineuse, aveuglante conversion vers le négatif, le néfaste : « Il y a le soleil dont on ne voit pas le vrai visage, tranchant les yeux…». A ce titre, la plénitude du zénith se voit pervertie en vacuité menaçante: dans le roman gionien, le corps défiguré d’Aurore suicidée sera comparé à un « terrible soleil », nouant inextricablement les isotopies solaire et morbide. L’apogée du jour immobilise chez Giono toute représentation du monde en révoquant un élément vital de l’espace, pièce maîtresse de l’architectonique des paysages méridionaux : l’ombre. Evoquant Midi, le narrateur constate : « Au lieu d’avoir vu le jour monter ils avaient vu le jour s’éteindre ». Dans le monde de Giono, seule la nuit est illuminante : Midi, lui, est un désastre.
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angelus



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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Lun 21 Aoû - 22:16

Je viens de lire le texte de Gardes-Tamine que vous avez recommandé, M. Céry, et c'est vrai, il y a là des perspectives intéressantes...
Elle y fait allusion à un passage de Vents, III, 5 où il est aussi question de Midi : « Et la maturation, soudain, d’un autre monde au plein midi de notre nuit… »
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Lun 21 Aoû - 22:19

Almageste a écrit:
Puisqu'on en est aux appréciations intertextuelles, je me permets d'ajouter que Midi, heure du drame, n’est pas spécifique à la seule poétique persienne. Un autre écrivain, Jean Giono, modula à sa manière ce très haut ton du jour, et il le fit dans le sens d’une outrancière manifestation du drame. Que ma joie demeure, paru en1935, met en scène les contours de cette symbolique solaire, liée en son acmé à une vertigineuse, aveuglante conversion vers le négatif, le néfaste : « Il y a le soleil dont on ne voit pas le vrai visage, tranchant les yeux…». A ce titre, la plénitude du zénith se voit pervertie en vacuité menaçante: dans le roman gionien, le corps défiguré d’Aurore suicidée sera comparé à un « terrible soleil », nouant inextricablement les isotopies solaire et morbide. L’apogée du jour immobilise chez Giono toute représentation du monde en révoquant un élément vital de l’espace, pièce maîtresse de l’architectonique des paysages méridionaux : l’ombre. Evoquant Midi, le narrateur constate : « Au lieu d’avoir vu le jour monter ils avaient vu le jour s’éteindre ». Dans le monde de Giono, seule la nuit est illuminante : Midi, lui, est un désastre.

Je n'avais pas pensé à ce rapprochement-là avec Giono...
Je vois que nous naviguons en grandes eaux...
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Armor



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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Ven 25 Aoû - 11:14

Après quelques péripéties j'ai finalement réussi à vous rejoindre...
"Midi l'aveugle" me fait penser à "Midi le juste" de Paul Valéry (Le Cimetière marin) dont je copie ici la première strophe:

"Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!"

Mais peut-être n'est-ce là qu'une association insignifiante.
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Ven 25 Aoû - 12:17

Non, votre association est loin d'être insignifiante : elle augmente le fil intertextuel qui a commencé à être déroulé devant mes yeux ébahis... Non vraiment, merci pour cette nouvelle perspective.
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Almageste

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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Sam 26 Aoû - 13:43

La manifestation de la présence divine au faîte de Midi apparaît aussi dans Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, qui parle du « portique instant » où l’être humain, libéré de son ombre, transgresse sa condition pour rejoindre « l’outrance » de son essence immortelle : " Ô de l'éclair heure bénie! Ô mystère d'avant-midi! Un feu qui se propage, [...] avec des langues de flamme un jour ils annonceront, voici que vient, qu'approche le grand midi!".

Cette « palpitation de Midi » aux « torches du solstice », moment révélateur où « le temps scintille et le songe est savoir », où « Midi le juste » imprègne les choses d’une saveur éternelle, se retrouve dans le Cimetière marin de Paul Valéry, comme l'a bien fait remarquer Armor.

La conception animiste semble donc rejoindre l’image méridienne de Nietzsche, dont les poèmes de Claudel, de Saint-John Perse et de Valéry portent certainement l’héritage.
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Sam 26 Aoû - 13:49

C'est en creusant de cette façon qu'on en arrive à pister le fil rouge qui lient entre elles les mentions intertextuelles, car qui sait si, compte tenu de la grande influence nietzschéenne dans les œuvres de Claudel et Saint-John Perse, ces deux poètes ne puisent pas là le motif de Midi ?

"Solitude et ténèbres au grand midi de l'homme..." (Amers)
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Olivier



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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Dim 27 Aoû - 16:45

Je trouve le poème "Chanté par celle qui fut là" très beau. La parole semble devenir plus intime, c'est rare chez Saint-John Perse.
Comment interpréter le titre? Le poète délèguerait-il la parole à "celle qui fut là" ?

Femme vous suis-je, et de grand sens...
Femme vous suis-je, ô mon amour, dans les silences du coeur d'homme.
... Femme vous suis-je, et de grand songe, dans tout l'espace du coeur d'homme:
demeure ouverte à l'éternel, tente dressée sur votre seuil, et bon accueil fait à la ronde à toutes promesses de merveilles...

La femme proclame elle-même son inestimable présence, mieux que ne pourrait le faire le poète sur le mode d'un remerciement adressé.
Mais la présence féminine et celle du poète, "d'un même souffle suscitées", se rejoignent dans la polysémie merveilleuse de la formule d'ouverture...
"Femme vous suis-je, et de grand sens..." : estropions en traduisant, la femme s'offre - je suis vôtre, et si importante pour vous - mais avant tout elle guide: la formule vaut aussi comme apostrophe, le poète suit et se laisser entraîner par la femme... on retrouve ce mouvement nécessaire à SJP, mais un mouvement dirigé, orienté par la femme dans une direction enrichissante...
Quelle image de l'amour: l'homme et la femme unis, mais emportés par un même élan, par une même course, la course universelle du vivant... Toutes choses courent à la vie comme courriers d'empire.

Pour en revenir à l'énonciateur, il semble délibérément impossible à déterminer... le poète semble reprendre la parole parfois, par exemple dans la laisse finale:

... ah! toutes choses de mémoire, ah! toutes choses que nous sûmes, et toutes choses que nous fûmes, tout ce qu'assemble hors du songe le temps d'une nuit d'homme, qu'il en soit fait avant le jour pillage et fête et feu de braise pour la cendre du soir! - mais le lait qu'au matin un cavalier tartare tire du flanc de sa bête, c'est à vos lèvres, ô mon amour, que j'en garde mémoire.

Encore ce recueillement dans l'instant qui conjure le dépérissement et la mort ("et nous qui mourrons peut-être un jour disons l'homme immortel au foyer de l'instant"), et cet allaitement aphrodisiaque qui survit seul à la labilité des choses...

Que penser de manière plus générale du dédoublement de la voix dans les poèmes de SJP, un exemple dans Exil:

"Ô vestiges, ô prémisses", dit l'Etranger parmi les sables, " toute chose au monde m'est nouvelle " ... et la naissance de son chant ne lui est pas moins étrangère.

Olivier
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Dim 27 Aoû - 20:27

Cher Olivier, votre analyse est très sensible et d'une grande finesse.
"Chanté par celle qui fut là" emprunte son titre à un passage d'Amers, une mention où le poète fait allusion à la mer : "Celle toujours qui nous fut là et qui toujours nous sera là". Comme très souvent chez Perse, par "référence interne" (on doit le terme à Michèle Aquien, l'une des meilleures critiques persiennes), une expression d'un poème précédent est réinvesti dans un autre poème.

http://www.sjperse.org/notice.cpe.htm

La démultiplication des voix est chez Perse un point essentiel, à propos duquel j'ai déjà eu l'occasion d'intervenir sur le forum. Il s'agit de cette fameuse "polyphonie énonciative", au gré de laquelle une multitude de voix est audible dans l'espace du poème. Vents est tout particulièrement représentatif de cet aspect, et cela n'est pas sans poser problème d'ailleurs à de nombreux agrégatifs cette année.

"Chanté par celle qui fut là", toujours par référence interne, reprend ce dialogue entre les amants, représenté à un si haut degré, dans "Etroits son les vaisseaux", cette partie érotique, centrale dans Amers.
Le dialogue est donc encore représenté ici.

Pour la finesse de votre rapport à la poésie de Perse, je tiens à vous compter parmi nous, pour les Rencontres Saint-John Perse de novembre.
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Olivier



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MessageSujet: Re: A propos de : CHANT POUR UN EQUINOXE   Dim 27 Aoû - 20:45

merci, avec joie!
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