FORUM SAINT-JOHN PERSE

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 A propos de : CHRONIQUE

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Stephie



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MessageSujet: A propos de : CHRONIQUE   Mer 23 Aoû - 19:40

Voilà, je patauge un peu dans Chronique V.
La "Croix du Sud", est-ce la constellation ? Dans ce cas, quel rapport avec la "Douane" ?
De plus, à quoi la "Vierge nocturne" renvoie-t-elle ? A une image de vierge noire ?
Désolée si mes questions sembleront stupides mais je débute et je veux vraiment en savoir davantage.
de plus, je dois composer une EDT sur cette section (d'ici la fin du mois d'août), et je voudrais ne pas faire de contre-sens majeur.
Merci d'avance.
Stephie
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LYRA



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Jeu 24 Aoû - 0:16

Coucou Stéphie

> la Vierge nocturne... ben tu fournis toi-même (!) la réponse dans ta question d'avant = constellation de la Vierge (le signe astrologique)

... et je ne sais trop pourquoi aussi cette image m'évoquait la Lucine errante de la fin du chant 2 (dernier verset).

Bisoux
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Jeu 24 Aoû - 0:21

Merci beaucoup pour ce début de réponse !!
Je lis et relis sans cesse.
Je vais avoir du mal à produire une EDT digne de ce nom, mais je ne lâche pas.
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Jeu 24 Aoû - 15:43

Cela n'inspire pas grand monde alors...
Vous non plus, M. Céry ? Crying or Very sad
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Jeu 24 Aoû - 18:03

Je vous prie de bien vouloir excuser le retard avec lequel je vous adresse ma réponse. Tout d'abord, soyez la bienvenue sur ce forum et merci de votre question.

Ce chant V de Chronique accentue la sensation de fuite du temps qui domine la fin de vie, qui correspond également à une fuite dans l'espace. Les symboles qui y sont engagés sont, en cela, signifiants d'une volonté de situer le destin humain, dans le temps et l'espace.

La "Croix du Sud" désigne donc bien cette constellation que vous connaissez.

La "Vierge nocturne" : il s'agit bien du signe du zodiaque, en effet. Dans Saint-John Perse sans masque, J. Gardes-Tamine précise (p. 357) que ce signe couvre la période du 23 août, jusqu'au 23 septembre, "ce qui est en accord avec la date qui figure à la fin du poème".

Nous sommes entrés d'ailleurs, depuis hier dans le premier décan de la Vierge nocturne. J'y vois un bon présage pour votre préparation d' "EDT".

Bien à vous, Loïc Céry
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Jeu 24 Aoû - 18:59

Merci beaucoup pour votre disponibilité et pour ces pistes que vous me fournissez.
Je suis ravie d'être ici et travaille d'arrache-pied afin de pouvoir participer au mieux aux échanges qui se déroulent ici.
Cordialement
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Stephie



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MessageSujet: Chronique... encore...   Jeu 24 Aoû - 23:49

Bonsoir,
il me semble avoir lu quelque chose sur le rapport de Saint-John Perse à la mort dans Chronique. J'ai beau reparcourir mes notes et ouvrages, impossible de remettre la main dessus.
Cela vous dit-il quelque chose, ou ai-je rêvé ?
Merci d'avance
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Ven 25 Aoû - 0:34

Désolée d'insister Embarassed mais j'ai du mal à saisir le rapport entre la constellation et la "Douane". J'imagine que l'emploi de la majuscule n'est pas innocent, mais tout ceci m'échappe ... confused confused confused
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Ven 25 Aoû - 1:59

En vérité, beaucoup de choses ont été consacrées à ce thème primordial de la mort chez Perse, surtout pour Chronique. J'ose vous demander avant de vous indiquer des pistes éventuelles, si vous avez parcouru les très minces considérations que j'y ai consacrées sur le site (au sein du commentaire du poème : http://www.sjperse.org/comm.chronique.htm )
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Ven 25 Aoû - 9:57

Alors là, j'ai honte... Je n'avais pas vu cette page.
Je vais la lire de ce pas aant de recommencer mes questions.
Merci encore Embarassed
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 26 Aoû - 16:46

Chère "Stephie", je dois poser la question à propos de la "Douane", à Colette Camelin. Je vous donnerais une explication qui m'est propre, mais je souhaite tout d'abord vérifier. Je vous demande donc de bien vouloir patienter encore un peu à ce propos.
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 26 Aoû - 22:29

Merci beaucoup. Je patiente sagement sunny
Bonne soirée
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 26 Aoû - 23:22

J'ai écouté le cours de M. Rousseau sur les poèmes provençaux. Il dit que La Croix du Sud n'est pas la constellation mais un avion (celui de Mermoz), qui retourne à sa base (au dessus de la Douane).
C'est bien moins poétique pour le coup... silent
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 26 Aoû - 23:26

N'écoutez pas ça ! C'est n'importe quoi !
Je dois préciser d'ailleurs que les cours d'André Rousseau sont très souvent contestables. Non, vous pouvez vous fier aux notations de Saint-John Perse sans masque, qui sont fondées sur des vérifications établies à la Fondation Saint-John Perse. Elles sont conformes à ce que je vous ai indiquées ; pour la Douane, je n'ai pas encore reçu la réponse de Colette Camelin, et dès que c'est le cas, je vous en fais part.

Mais vraiment, St Exupéry, la Douane, c'est vraiment n'importe quoi...


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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 26 Aoû - 23:28

Vous me rassurez car la magie s'en trouvait brisée.
Merci encore
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 26 Aoû - 23:31

André Rousseau brise souvent pas seulement la magie, mais le bon sens : s'en méfier radicalement !

J'ai mis ses cours sur la rubrique par acquis de conscience : ils ne sont pas à rejeter entièrement, mais j'aurais dû préciser qu'il faut les manier avec moult précautions. Voilà qui est fait.

Bien à vous
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MessageSujet: Chronique   Lun 28 Aoû - 16:37

Petite précaution oratoire en guise d'introduction: mille excuses si ma question a déjà été traitée ici (j'en doute toutefois: je suis une fidèle lectrice de ce forum) ou sur le site (je n'ai pas encore exploité toutes les pépites de la mine céryo-persienne Wink ).

En lisant Chronique, je suis frappée par la fréquence du lexique chromatique et par l'intensité des couleurs, crues, primaires. Si leur symbolique, prises individuellement, est relativement transparent (le vert de la renaissance, de la force vitale qui rejoint le rouge de l'ardeur, du sang jeune, je suppose), qu'en est-il de leur sens globalement ?

J'ai pensé au début que le paysage méditerranéen, aux couleurs si vives, expliquait ce feu d'artifice. Mais la terre d'origine de SJP est sans doute bien plus pittoresque...

voilà ma question existentiello-persienne du jour! Very Happy
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Lun 28 Aoû - 20:32

Vous avez raison d'attirer l'attention sur cet aspect coloré, important dans la symbolique d'ensemble du poème. Voici les perspectives que je vous propose à ce sujet.

Il est important, à mon sens, de réserver à ces mentions des analyses individuelles fines, car comme cela ne vous étonnera pas (vous commencez à y être habituée), tous les détails ont une grande importance dans l' "économie" particulière de chaque chant. Donc il est utile, à mes yeux, dé décrypter chacune de ces mentions de couleurs dans le contexte propre de leur déploiement, venant renforcer bien souvent telle isotopie particulière, telle métaphore, que sais-je...

Mais globalement, ce foisonnement chromatique a avant tout une fonction bien particulière. Vous pourrez constater que beaucoup de détails de couleurs sont rattachés au ciel. Je l'ai dit, Chronique, tel que le nom du poème l'indique (et notamment son étymologie) est une réflexion sur l'unité du temps, en fin de vie. Recherche d'une unité, sous la diversité des temps d'une vie humaine. Le poème situe cette recherche en un moment particulier, qui est donc celui de la fin de vie, mais cette volonté de situer se vérifie aussi dans l'espace. Tous les détails qui y concourent sont donc à considérer dans cette optique d'un ancrage de l'espace ou des espaces considérés, dans la situation contemporaine du poème, ou convoqués par la réminiscence ou le songe. Les couleurs en sont des éléments actifs. Et il ne s'agit pas du paysage de l'enfance qui est tout d'abord visé : vous avez eu raison d'y déceler avant tout le paysage provençal, que l'on peut reconnaître par plusieurs aspects, mais notamment, justement, ces couleurs caractéristiques, surtout celles du ciel. On peut penser à la Camargue (que Perse connaissait bien), avec les espèces animales décrites (avec leurs couleurs propres : voyez les "grues"), ou encore la Provence de l'arrière-pays... En tout état de cause, les couleurs du couchant aux chants I et II sont tout à fait caractéristiques de ces couchers de soleil provençaux si colorés, au ciel si changeant et si riche... Il s'agit non d'un crépuscule, mais d'une braise, d'une ardeur, d'une intensité qui sont visées par cette gamme chromatique qui s'étend du rose pâle au rouge vif. En ce sens, les couleurs de Chronique sont avant toute chose celles d'un ancrage dans un espace donné, et c'est l'espace provençal. Il ne faut pas penser en l'occurrence, à l'espace de l'île natale : ça, c'est le territoire d'Eloges (et ce, même si l'enfance est évoquée dans le poème).

De manière plus générale, je vous dirais aussi que les couleurs chez Perse, ne sont pas de simples attributs des objets perçus. D'une certaine façon, elles en induisent l'essence, par leur nature de réfraction de la lumière et, par conséquent, d'indices de l'énergie intrinsèque des choses désignées.

Je vous propose maintenant une typologie de cette game chromatique de Chronique ; vous me direz si vous l'approuvez...

Le noir
Plusieurs critiques ont proposé à propos de Saint-John Perse ce que Gilbert Durand (l'auteur des Structures anthropologiques de l'imaginaire) nomme une "sémantique de la couleur". Pour ma part, je suis très attaché à celle que Nicolas Castin a proposé dans son ouvrage Sens et sensible en poésie moderne et contemporaine, où il dit ceci par exemple à propos de l'usage du noir chez Perse : "Le noir connote fréquemment une intensité vitale exacerbée". Pensez alors à cette mention du chant IV de Chronique :

"(...) dans ce bout de châine luisante, sous l'orage, qu'élève, corne haute, la lourde bête noire portant bourse de cuir..." (p. 94)

Le fait de mentionner la couleur de cette "lourde bête" qui est le centre de l'image renforce de façon significative l'intensité, la fulgurance de la scène évoquée ici dans la saisie du mouvement de cette bête qui soulève une chaîne, comme pour se libérer (procédé dont j'ai parlé hier dans une réponse, de la "visualisation imagée"). Dans cette optique, la couleur ne répond pas ici à une quelconque fonction ornementale, mais fixe au contraire la brutalité, la force organique de cette bête, un peu comme en une apparition vive de la figure du Minotaure tant prisée par Picasso dans ses gravures. Elle est, cette couleur, l'auxiliaire le plus immédiat, le plus efficient de l'intensité de la scène décrite ici. D'aileurs, si vous y êtes attentive, la mention ne peut manquer de vous évoquer une autre image tout aussi saisissante et dans laquelle la couleur, la violente teinte noire, joue le même rôle d'indice d'intensité. Il s'agit d'un passage de la sixième laisse du chant III (et qui sait si l'écho n'est pas préparé, vers l'image que je vous ai cité précédemment ?). Je vous précise, pour la petite histoire, que ce passage (comme tant d'autres chez Perse, si vous saviez) provoque en moi un soulèvement d'extase tout proche de l'hystérie, croyez-moi sur parole :

"Et nous étions peut-être en mer ce jour d'éclipse et de première défaillance quand la louve noire du ciel mordit au coeur le vieil astre de nos pères."

Evocation ouvertement métaphorique d'une éclipse solaire qui est exemplaire de ce procédé de visualisation, d'incarnation par l'image, primordial selon moi dans l'esthétique persienne. Cette "louve noire du ciel", claire métaphore de la lune, porte ici sa couleur comme marque même de cette présence brutale qui accuse la venue irrépressible de l'éclipse, ici perçue comme agression envers "le vieil astre de nos pères", ce soleil victime de la morsure sauvage de l'animal.
J'aurais aimé vous laisser découvrir ça par vous-même, mais voilà, je ne résiste pas à la tentation, de portez votre attention sur un phénomène délectable, surtout quand on le remarque par soi-même : comme souvent chez Perse, l'image (en tout cas son élément central) a déjà été utilisé antérieurement. Et il s'agit en l'occurrence de Vents, I, 5 :

"Femme odorante et seule avec la Nuit, comme jadis, sous la tuile de bronze,
Avec la lourde bête noire au front bouclé de fer, pour l’accointement du dieu"


L'image de la "lourde bête noire" (qui a été décryptée dans cette occurrence, comme une allusion détournée au mythe du Minotaure) avait donc été utilisée une première fois, avec encore cette même fonction d'expression de l'intensité : ici, indice sipplémentaire de la crudité de la scène dépeinte. Le noir donc, dans Chronique, symbolise à mes yeux la brutalité.

Le rouge
Le rouge y est quant à lui synonyme d'intensité existentielle, comme en atteste cette association à la figure de l' "étalon", au chant I :

"Et l’étalon rouge du soir hennit dans les calcaires."

Les insectes, parce qu'ils relèvent du jaillissement de la vie, du chatoiement lumineux de la nature, induisent aussi le vif du rouge, dans les chants I et III :

"Le grand arbre du ciel, comme un nopal, se vêt en Ouest de cochenilles rouges. " (chant I)

"Et les insectes rouges ponctués de noir s’accouplaient sur le sable des Îles." (chant III)

Le bleu
La couleur bleue correspond souvent quant à elle à une description émerveillée des charmes de la nature, et vous pouvez vérifier ce registre de l'émerveillement dans cette mention du chant III :

"nous entendions un soir tinter les premières gouttes de pluie tiède, parmi l’envol des rolliers bleus d’Afrique et la descente des grands vols du Nord qui font claquer l’ardoise d’un grand Lac."

Je ne sais pas si vous me suivre, mais je ressens dans ce passage, comme un regard de félicité et d'admiration pour cet envol, regard auquel
la couleur, il me semble, n'est pas étrangère.

Le vert
La couleur verte est très importante dans le prisme des couleurs chez Perse. Vous y avez été attentive, et vous avez dit ce qu'elle vous évoquait dans Chronique. Elle est mentionnée de manière exemplaire, à propos des "cantharides", dans la mention que j'ai citée plus haut, qui est en fait une véritable épiphanie des couleurs :

"Et sur la terre de latérite rouge où courent les cantharides vertes, nous entendions un soir tinter les premières gouttes de pluie tiède, parmi l’envol des rolliers bleus d’Afrique et la descente des grands vols du Nord qui font claquer l’ardoise d’un grand Lac."


Je décèle également dans les chants I et III une métaphorisation de la couleur du ciel, jouant à l'envi sur plusieurs variantes possibles qui désignent des états différents du ciel, la visualisation fonctionnant dans ce cas dans sa pleine acception. Dans le chant I :

"nous avons vu le ciel en Ouest plus rouge et rose, du rose d’insectes des marais salants"

"Une seule et lente nuée claire, d’une torsion plus vive par le travers du ciel austral, courbe son ventre blanc de squale aux ailerons de gaze."

"Le grand arbre du ciel, comme un nopal, se vêt en Ouest de cochenilles rouges."

et par extension, "l'étalon rouge du soir", désignant le ciel par répéfence implicite.

Et dans le chant III, donc, il s'agit de "la louve noire du ciel", dont je vous ai déjà dit qu'elle a tendance à me mettre dans tous mes états...

Voilà les quelques considérations que je voulais vous proposer. Si vous souhaitez d'autres perspectives, n'hésitez pas...
Bien à vous, Loïc Céry


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Fata Morgana

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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Lun 28 Aoû - 21:28

merci beaucoup! ces couleurs, comme les épithètes, écrit en substance Huysmans dans A rebours, ouvrent à l'imagination des horizons infinis... cheers

Vous ne pouvez pas vous imaginer comme cela est fascinant et revivifiant pour moi que ce chromatisme éclatant : je fais ma thèse sur les Décadents et leurs couleurs fétiches ressortissent au contraire à la gamme des pastels; elles ne sont jamais crues mais procèdent d'une décomposition du prisme de l'arc en ciel en mille nuances raffinées, mais édulcorées aussi... Etrange expérience que de passer de cieux "clair de lunés", diraient Goncourt et Lorrain, à des azurs aveuglants de clarté!

Le vert notamment a attiré mon attention: il est toujours synonyme de décomposition, de liquéfaction chez mes écrivains et voilà qu'il retrouve sa symbolique originelle chez SJP, celle de l'énergie vitale! Cette tension vers le renouveau poétique, qui revient comme un leitmotiv sous la plume de SJP, résonne en moi particulièrement, si imprégnée que je suis d'images de fin de monde sans espoir de renouveau, Schopenhauer oblige...

Quand à cette magnifique image de la lune-louve, je ne peux m'empêcher de penser à Rachilde, qui décrit, dans La Tour d'Amour, un soir de tempête, au large des côtes bretonnes, une scène tenant de la gigantomachie et de la hiérogamie, scène d'une force et d'une beauté incroyables:

Citation :
La lune inondait les vagues d’une clarté pure et froide.
Le phare, lançant des rayons roses autour de lui, s’efforçait d’attraper la lune dans ses bras vigoureux.
C’était un curieux combat entre Elle, la grande vierge, et Lui, le monstre issu des ténèbres.
Elle avançait, la face pâle, très calme, refoulant le brouillard d’or qui essayait de la rejoindre pour lui faire perdre sa raison d’éclairer.
Peu à peu, elle le mangeait, en formait sa propre lumière.
On devinait parfaitement ce travail de bête, ou de femme dissolue, à sa bouche d’ombre fendant le bas de son visage. Là, elle porte une blessure, une cicatrice, des lèvres, certainement, qui aspirent, se rouvrant tous les mois, les volontés et les lueurs de bon sens des pauvres hommes.
Le phare se dressait, énorme, tendu comme une menace vers les cieux, s’érigeait, colossal, dans la direction de cette gueule d’ombre, de cette noire fêlure de la clarté céleste, car il y était attiré par le suprême de voir d’être aussi grand que Dieu.
Et le brouillard d’or montait, descendait, en reflétant du sang, aspiré ou refoulé par l’astre au masque d’apparence impénétrable.
… Comme elle était belle cette lune pure, perle tombée, tête coupée, luisante du plaisir d’un autre, mais n’en disant jamais rien…
Et le phare, sous le vent hurleur sonnant des épousailles diaboliques, sous le vent qui pleurait de joie ou chantait de terreur, le phare semblait se tendre de plus en plus, exaspéré dans l’irradiation de l’impossible.

Rares sont ces descriptions intenses chez les Décadents, or la vigueur, la puissance sont au contraire consubstantielles à la poésie persienne!

Je dois reconnaître que c'est pour moi une magnifique rencontre littéraire ...


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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Lun 28 Aoû - 21:40

Une dernière question pour aujourd'hui, dans la lignée de la première:

pensez-vous que le paysage qui surgit de notre corpus agrégatif soit une sorte de projection spatiale de la quête scripturale du poète ?

Je m'explique: à plusieurs reprises, SJP tend à confondre, par de savants glissements sémantiques, paysage et langage:
Chronique, I : "où les premières élisions du jour nous furent telles que défaillances du langage"
Chant pour un équinoxe, "Sécheresse": il est évident, en tout cas je crois Rolling Eyes , que la concision de la terre qui "a dépouillé ses graisses" est celle de l'idéal langagier du poète...
Le thème de l'errance, de la transhumance, des rencontres inattendues, seraient enfin la multiplicité des sources qui se rejoignent au confluent du langage (et partant de l'imaginaire) persien, riche de surprises, d'associations inouïes, stricto sensu...

Est-ce tiré par les cheveux que ce paysage métaphore de la quête poétique?
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Lun 28 Aoû - 21:51

Non, ce n'est pas du tout tiré par les cheveux : il existe effectivement chez Saint-John Perse une sorte de métaphorisation de l'aventure poétique par l'espace parcouru, le paysage. Et vous avez mille fois raison d'y être sensible pour ce qui est de "Sécheresse", où le dépouillement renvoie à cette poétique de la concision qui est le lot commun du recueil Chant pour un équinoxe.
Tout cela s'explique par une sorte de symbiose de la parole et du monde, dans la vision de Saint-John Perse.

Je tiens tout de même à introduire une nuance dans ce que je viens de dire : il ne faudrait pas croire ce faisant que la présence charnelle du monde et de la terre ne relève que d'une visée métaphorique chez Perse. Le réel y étant toujours valorisé, le paysage y est aussi considéré en tant que tel, pour lui-même et non comme un support.
Je crois que la nuance est incarnée dans Anabase, où le paysage désertique est en lui-même chanté, tout en étant la voie vers cette "anabase intérieure", registre de l'intériorisation et de la quête individuelle. Encore cette "conciliation des contraires" dont a parlé Colette Camelin, et dont j'ai déjà dit qu'il s'agissait peut-être de l'une des clés de l'esthétique persienne.
En somme, c'est ce fameux binôme fondateur de la poésie moderne, "dehors-dedans", si merveilleusement incarné dans cette formule chère à Glissant, de la part de Victor Segalen : "L'astre est intime et l'instant, perpétuel".
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Lun 28 Aoû - 21:55

Je dois aussi vous remercier pour ces vers si splendides de Rachilde. Quel érotisme aussi...
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Lun 28 Aoû - 21:57

encore merci pour ces éclaircissements! sunny

et pour Rachilde: oh oui! terriblement érotique, quoique la lune soit cette vierge laforguienne, impénétrable et en cela si désirable... et en même la grande dévoratrice, la femme fatale... très fin-de-siècle en somme (ah la la! j'adore!! cheers )

il y aurait, là aussi, tant à dire!! enfin, comme dit notre cher Laurent: "Vive la littérature!" Very Happy
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Olivier



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Mar 29 Aoû - 0:18

Bonsoir,
Ce que vous dites sur l'évocation de l'aventure poétique au sein du poème est, je trouve, très juste. Si le paysage métaphorise parfois des tendances esthétiques, c'est surtout parce que ces tendances esthétiques miment déjà les paysages célébrés... c pas bien clair, tout ça, j'arrête ^^

En fait, le statut accordé à l'écriture est extraordinairement ambigu, je trouve.

D'une part, l'émerveillement semble absolument antérieur au langage; avant de se célébrer elle-même la parole célèbre le monde; le poème vise à recueillir, à exprimer, à communiquer cet émerveillement. D'où la volonté constante de mimer par la syntaxe la majesté des éléments, et la reconnaissance proclamée d'une dette envers les forces naturelles, qui seules détiendraient la justesse du ton...

...enseigne-nous, puissance, le vers majeur du plus grand ordre, dis-nous le ton du plus grand art, mer exemplaire du pllus grand texte...

Partout cette humilité de l'écriture, aucune trace apparente d'autotélisme:

...voici que j'ai dessein encore d'un grand poème délébile...

...Et ne l'ai-je pas dit? les écritures aussi évolueront. Lieu du propos: toutes grèves de ce monde...

... lavez, lavez, ô Pluies! tous les vélins et tous les parchemins... lavez au coeur de l'homme les plus beaux dits de l'homme...les plus belles sentences, les plus belles séquences... les phrases les mieux faites, les pages les mieux nées... Lavez, lavez, au coeur des hommes, leur goût de cantilènes, d’élégies ; leur goût de villanelles et de rondeaux ...

...et l'homme au masque d'or se dévêt de son or en l'honneur de la mer.


Mais aussi bien, et c'est une constante, le poème évoque et célèbre sa propre genèse... de plus le poète est haussé par le paysage qui l'entoure à la grandeur et à la dignité... l'Officiant s'avance sur les grèves désertes, le Cavalier et l'Etranger errent dans les sables... et la parole parfois, détient les clefs de l'émerveillement... " et la merveille est annoncée par ce cri: ô Merveille! "

Je pense que pour concilier ces impressions il faut relier l'ambiguïté du statut de l'écriture à l'ambiguïté des ambitions du poète...
D'une part, et Perse le dit dans un lumineux rapprochement (discours de Stockholm), le poète est à l'instar du savant plein d'une curiosité et d'un émerveillement insatiables devant le monde, il se prosterne...

Mais, d'autre part, il a un rôle essentiel et privilégié parmi les hommes, lui seul a pouvoir d'opérer, d'orchestrer ce fameux renouement, lui seul sait nous éclairer de sa "lampe d'argile"... d'où les images du griot, du sorcier, du psylle, du devin, du chaman... " et le poète reconnaissant pour excellente cette grande mantique du poème..."

Le poète perçoit humblement son insignifiance cosmique, mais, fièrement, son rôle d'intercesseur... Passeur vers les rives d'une autre réalité, où l'espace et le temps ne sont plus principe d'éclatement et de séparation mais de rassemblement des choses... "et c'est d'une même étreinte que la poésie embrasse au présent tout le passé et l'avenir, l'humain avec le surhumain, et tout l'espace planétaire avec l'espace universel..."

Olivier
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Mar 29 Aoû - 17:53

Vos commentaires sont comme d'habitude très riches.
Mais il n'existe pas en fait de contradiction entre l'antériorité de la parole par rapport au poème, chez Perse, avec le fait que le poème commente sa propre genèse. Il y a même entre les deux faits une corrélation fondamentale ! Remarquez bien que quand, dans Exil, Perse parle d'un poème "délébile", il s'agit de reconnaître le primat de l'expérience sensible, de la présence au monde, sur son inscription dans l'écrit. Le poème, encore là, est toujours second dans l'aventure de la présence humaine ; il en est de même dans Vents, où le poème se situe sur un fil ténu, où il s'agit de recueillir, comme en un "procès-verbal" est-il même précisé, l'expérience de reconquête des forces vitales.
Si le poème renferme le commentaire de sa propre genèse, c'est bien en somme pour refléter ce primat, et le fait que l'écrit doit se frayer un chemin très ténu dans l'empirique qui le précède et qui l'excède...
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