FORUM SAINT-JOHN PERSE

Forum de discussions du site Internet Sjperse.org. Discussions et réflexions à propos de Saint-John Perse et de sa poésie ; informations relatives à la diffusion de son oeuvre.
 
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 A propos de : CHRONIQUE

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Olivier



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Mar 29 Aoû - 21:39

Oui, c'est tout à fait juste!!
La fascination du poème pour sa genèse traduit bien l'exigence de restitution d'un émerveillement premier.
Mais, et je ne dis pas ça par entêtement ^^, il est tout aussi évident qu'il y a, simultanément, ou alternativement, une fascination pour la parole même... les images de Perse me semblent parfois destinées à susciter la merveille plutôt qu'à la recueillir...

par exemple quand je lis dans Eloges cette image sublime:

"...assis, dans l'amitié de mes genoux." : il y a bien là un ressenti assurément antérieur au langage,

mais quand Perse évoque "les cerises du désir", quand il nous dit que "les haines parfois chantaient comme des mésanges"(ce sont de très mauvais exemples car ici on a une kyrielle de significations, mais je n'ai pas de textes à portée de main), on a plutôt affaire à des images "surréalistes", ce sont les mots qui engendrent la merveille, et font bien plus que la recueillir, non?
Vous allez peut-être me dire que chez Perse beaucoup d'images en apparence gratuites communiquent en fait une sensation première pour peu qu'on les élucide, mais, tout de même... je vois un émerveillement pour la parole même, bien souvent, qui n'est pas perçue seulement comme un instrument...
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Olivier



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Mer 30 Aoû - 5:29

Monsieur Céry, ce site est absolument fascinant!! c'est un tel foisonnement de redirections insoupçonnées qu'on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise! un de ces châteaux de contes de fées tout plein de jolies portes...
Voilà que je tombe par hasard sur l'histoire de l'oiseau Annaô, c'est tout à fait réjouissant!!
Recueillir des informations sur l'évolution des niches écologiques pour vérifier l'authenticité de l'oiseau... vous devenez pour le coup un redoutable détective! (tenez, James Bond, c'est le nom de l'ornithologue justement)
Réjouissant aussi, l'étymologie latine dissimulée par la fausse piste de la chanson pastorale en dialecte Bambara... Perse semble avoir un goût pour la mystification des critiques qui me plaît beaucoup!
Et pour tout vous dire je souriais un peu, en lisant, devant ce que vous-même appelez une querelle byzantine, mais c'est finalement des détails comme ceux-là qui sont les plus riches d'enseignements!
Votre conclusion notamment est très éclairante dans le débat que j'ouvrais sur la valeur accordée à la parole et au langage, vous écrivez:

"on est là en présence d’un cas exemplaire quant à la nomination telle que la conçoit le poète : respect du réel à travers le nom poétique (l’oiseau Annaô étant bien cet oiseau de couleur bronze observable dans la réalité), transposition alliant le sens et le son dans le foyer d’un mot évocateur, référence dissimulée à l’étymologie. C’est dans cette mesure que « la poésie triomphe » in fine, ayant payé son tribut au réel et dans une allégeance aux pouvoirs suggestifs du langage."

... l'aeneus devient "l'oiseau Annaô": restitution de la réalité, certes, mais d'une réalité métamorphosée par sa nomination, par ce langage qui fascine le poète (fascination qui s'ajoute sans la concurrencer à la curiosité émerveillée devant le monde)... et, dès lors, manier la langue avec maîtrise c'est devenir prodigieusement puissant, c'est détenir les clefs de ce fameux surcroît d'existence.
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Mer 30 Aoû - 22:39

Cher Olivier, je suis vraiment ravi que le site vous plaise à ce point. Et que vous ayez eu la patience de lire cet article sur l'oiseau Annaô et sa dure vie me réjouit.

Je me fonderais sur cette lecture pour répondre à vos deux messages. Vous voyez l'enquête que j'ai dû mener à propos de l'annaô (je profite de l'occasion pour indiquer le fichier pdf à ceux qui n'auraient pas pu trouver l'article comme vous l'avez fait : http://www.sjperse.org/annao.pdf ), et bien je vous dirais qu'elle est le meilleure moyen de vous illustrer ce que j'ai tenté de dire auparavant, à propos de l'importance du réel devant le langage chez Perse. Vous avez remarqué que même une spécialiste avait fait l'erreur de minorer les attaches réelles de cet oiseau (sans même se douter de l'origine du nom), et j'ai essayé de démêler l'écheveau dans l'article. Et bien je peux vous assurer que ce cas est exemplaire du fonctionnement même des images chez Perse : une orfèvrerie du langage peut s'y vérifier, certes, mais toujours au service du réel.

C'est pourquoi, si vous permettez, si je peux comprendre ce que vous dites de ce qui vous apparaît comme le réceptacle de l'émerveillement dans le langage persien lui-même, en revanche, et je tiens à y insister, je vous désapprouve intégralement à propos de la comparaison avec les images surréalistes. Vous connaissez l'embarras de Breton lui-même devant la poésie de Perse, lui qui lui accorda le titre de "surréaliste à distance" (ce qui ne veut rien dire, mais on est coutumier de ce genre de jusgements sous la plume de Breton)... Dans le fond, il n'est rien de plus fondamentalement éloigné de l'art de Perse, que les procédés et l'esthétique surréalistes. Vous m'avez donné des exemples de termes, d'expressions qui vous paraissent relever de cette veine-là, et bien figurez-vous que même ceux-là sont fondés sur des lois d'analogie, des référents pleinement vérifiables dans le réel, et qui induisent un fonctionnement rigoureux des métaphores (une rigueur redoutable, croyez-moi). Et c'est même une éthique devant le langage et la poésie qui est engagée dans cet aspect central.

Les subtilités de ces images peuvent relever potentiellement, à ceux qui n'y sont pas coutumiers, comme des "devinettes" - tou comme ce fut le cas aux yeux de la Céleste de Proust... Mais je peux vous assurer que touours, ces images se fondent sur un lien fondamental au réel, et qu'on entre dans leur intimité littérale avec une patience de sioux - ou d'agent secret. Vous avez d'ailleurs remarqué le nom de l'un des ornithologues que lisait Perse, un certain James Bond. Et bien pour la petite histoire, figurez-vous que dans ses mémoires, Ian Fleming raconte qu'au moment de choisir un nom pour son personnage, il a regardé autour de lui, et est tombé sur un livre qu'il lisait à ce moment-là... et il s'agissait justement d'un ouvrage d'ornithologie de ce "vrai" James Bond ! Le lien est donc direct : c'est le nom de ce vrai James Bond qui a engendré le nom du personnage... J'y vois une analogie terrible avec notre propos...

Bien à vous, Loïc Céry
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Sandra Bernisse



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Mer 30 Aoû - 23:03

Bonsoir. Je me suis inscrite sur le forum il n'y a pas très longtemps, et je constate que les débats y sont très vivants !
Je n'ai pas lu l'article dont vous parlez, mais c'est sûr, je vais le faire. En tout cas, votre débat est passionnant, au sujet des liens ou de l'éloignement de Saint-John Perse par rapport au surréalisme. C'est une question qui m'intéresse beaucoup à vrai dire, parce que découvrant Saint-John Perse pour l'agrégation (j'ai honte Embarassed ), j'ai encore du mal à le classer.
Un énorme MERCI à Monsieur Céry pour son site et tous les documents qu'on peut y trouver : vous me faites découvrir complètement Saint-John Perse et vous facilitez ma lecture. A bientôt.
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Olivier



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Jeu 31 Aoû - 4:48

Bonsoir!
Merci pour l'anecdote sur James Bond, je n'osais pas y penser, et pourtant c'est l'explication! c'est très bien, a chaque fois que je tomberai sur 007 à la télévision, je penserai à Annaô...on en apprend des choses décidément sur ce site ^^

après Annaô, si je vous demande d'ou vient le pseudonyme Saint-John Perse, je m'attends à des trouvailles savoureuses: le Perse latin doit quand même y être pour quelque chose, comme l'aeneus? Et Saint-Pol Roux?
Plus sérieusement, et ne m'en voulez pas si je m'obstine, je persiste à voir SjPerse comme un écrivain surréaliste.
Ce que vous dites sur la perpétuelle exigence chez Perse d'une retranscription du réel/du vécu ( langage subordonné à l'expression de quelque chose, langage qui communique plutôt qu'il n'invente, si je caricature ) est très juste , et je vous crois volontiers! je trouve cela passionnant. Vous parlez très justement d'éthique, je crois que cette exigence d'une parole "authentique" relève en effet de l'éthique du poète et instaure une différence profonde entre une image de Perse et les associations de mots, aussi réussies et étincelantes soient-elles, des expériences surréalistes.
Je pense donc avoir bien compris pourquoi vous prenez soin de distinguer Perse des "procédés et de l'esthétique surréalistes", et je gage que vous évoquez par là les "jeux", les aventures de langage des années 20 qui n'ont en effet rien à voir avec les exigences de Perse.

Mais, finalement, permettez-moi d'ajouter que je ne vois pas en quoi SjPerse diffère ici des grands poètes surréalistes. On ne peut pas dire que chez Aragon, Eluard, Char, voire Breton (je pense par ex. au fameux poème "Union Libre" ,que je ne trouve d'ailleurs pas des plus beaux) , les images soient complètement gratuites, elles sont aussi pour la plupart tout à fait motivées, explicables, expressives. Ces grands poètes se sont sans doute bien vite éloignés du jonglage émerveillé des débuts et il y a bien quelque chose qui passe aussi dans leur poésie ^^

S'il y a une profonde singularité de Saint-John Perse, et il est évident qu'elle existe, elle réside surtout, à mon sens, dans les "thèmes": Perse chante "la simple chose d'être là"...comme Aragon chante l'amour ou Char la fraternité, que sais-je. Mais du point de vue du style, l'authenticité de l'image n'est pas propre à Saint-John Perse (je m'excuse, je sais bien que je caricature ici ce que vous me disiez ^^, je veux juste être clair), et les images surréalistes sont rarement la simple manifestation d'un hédonisme de l'imagination. Breton le dit dans la préface de Signe Ascendant, d'ailleurs, l'image surréaliste n'est pas gratuite, elle se réfère aussi à un monde même si elle entend le disloquer pour l'embellir.

A propos des points communs de Perse et des surréalistes, je trouve ici aussi matière à réfléxion quant à la valeur accordée au langage.
Pour l'anecdote en effet, mon premier contact avec Saint-John Perse a été une dissertation: "L'inertie seule est menaçante. Poète est celui-là qui rompt pour nous l'accoutumance."
J'ai donc lu le discours, et, à côté bien entendu de toutes les spécificités de Perse et notamment ce fameux thème de l'adhésion au mouvement, j'y ai trouvé une foi dans la poésie, dont je suis bien incapable de faire l'historique mais qui m'a tout de suite rappelé Breton, voire, oui, certains textes de Saint-Pol Roux.
Et si je relis ce discours de Stockholm, je retrouve ces choses qui détonnent presque avec l'oeuvre, comme la mission exploratrice du poète devant les mystères de l'âme, le thème de la poésie phosphorescente et éclaireuse... Foi dans la poésie, et peut-être pas dans le langage, mais qui magnifie du moins le poète...
drôle d'humilité alors, ici, vous ne trouvez pas? (je ne porte pas de jugement de valeur...). En tout cas, humilité moins sensible que dans les poèmes!
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Jeu 31 Aoû - 17:23

Cher Olivier perseverarae diabolicum. Je constate que quand vous avez une idée, vous n'en démordez pas facilement. Pourtant, il faudra bien vous rendre à l'évidence : cette question du surréalisme n'est pas une affaire de pure appréciation personnelle. Et je vous le dis, non pas pour insister ou me lancer dans un jeu d'arguments d'autorité, mais pour vous encourager à ne pas commettre, à propos de Perse, un contresens très fâcheux.

Vous ne voyez pas en quoi Saint-John Perse diffère des poètes surréalistes ? Et bien permettez-moi de vous l'expliquer encore une fois.
Ainsi, quand vous dites "l'image surréaliste n'est pas gratuite, elle se réfère aussi à un monde même si elle entend le disloquer pour l'embellir", permettez-moi de vous faire remarquer que cette "référence à un monde" comme vous dites, n'a rien, mais alors rien à voir avec le monde en tant que tel ; "le disloquer pour l'embellir" : c'est effectivement une nuance de taille, que vous ne pouvez pas reléguer à une concession ("même si").

Je sais que face à la vacuité assez vertigineuse du surréalisme lui-même, on peut bien y mettre ce qu'on veut, après tout c'est de bonne guerre. Et c'est ce qui vous permet, certainement, d'dopter une définition très extensive du surréalisme. Mais enfin soyons sérieux : l'écriture automatique, les images arbitraires, ce sont tout même des choses que vous trouverez sous la plume du Penseur, du Pape comme il fut appelé, Breton lui même, dans les différents manifestes du mouvement. Et ce sont là les fondements même de l'école (car s'en fut une !), quoiqu'il puisse en être de ses lignes d'évolution ou décrépitude interne.
Et alors, je vous le dis (encore une fois, il ne s'agit pas d'un point de vue, mais d'un constat) : rien n'est plus éloigné de Perse que l'écriture automatique et les images arbitraires. "La terre est bleue comme une orange", ça vous ne le trouverez jamais sous la plume de Perse, et c'est en raison de ce que je vous avais dit à propos de l'extrême rigueur qui préside à son application de l'analogie. Jamais vous ne trouverez une seule association gratuite chez Perse. Le surréalisme est né, justement, de l'idée même de la validité d'une analogie purement arbitraire. L'acte surréaliste est fondé là-dessus.

Revenons-ern au sens même du terme : sur-réalisme. La pratique, l'esthétique, entendent bien se hisser au-dessus du réel, sous le mot d'ordre d'une "révolution" littéraire et artistique. Il s'agissait de mettre à bas toute forme de raison dans l'éléboration, la conception et la réception de l'oeuvre d'art. Cela, avec de multiples implications, sur lesquelles je ne peux m'attarder... Rien ne s'oppose plus, je vous le dis, à Saint-John Perse. Et vous pourrez encore le contester, pourtant ce sont là des faits d'histoire littéraire : figurez-vous que Saint-John Perse, à un moment donné, a été évoqué comme "refuge" par les surréalistes repentis (on dirait que je parle de repris de justice, mais bref). Son esthétique, ce rapport au réel sur lequel j'aurais bien des choses à vous expliquer, sans en avoir le temps... tout cela, a donc été considéré comme modèle de contrepied dans les débats menés contre l'esthétique surréaliste justement.
Je vous évoque tout d'abord l'exemple, de cet ordre, le plus célèbre, puisque c'est celui de Roger Caillois, qui peut être considéré comme créateur de la "critique persienne", avec sa Poétique de Saint-John Perse de 1954. Et bien, vous le savez, Caillois fut un memebre actif du groupe surréaliste. Il en fut exclu par Breton lui-même (au cours de l'un des procès staliniens dont il avait le secret), pour avoir démontré la supercherie dont Breton s'était servie pour faire croire aux membres du groupe, à une action surnaturelle dans le mouvement giratoire d'un haricot... Bref... Et bien, qui donc, à votre avis, fut évoqué par Caillois pour contrer l'esthétique surréaliste : Perse, justement, démontrant à ses yeux la possibilité d'asseoir la poésie sur une conception (ce sont les mots de Caillois) de l' "exactitude" du langage, dans son rapport au réel. Réel : je ne vous parle pas de celui qu'on se crée, mais de celui que l'on vit : le plat paysage qui dure, c'est Char qui l'a écrit je ne sais où, lui que vous classez parmi les surréalistes et qui ne le fut, heureusement pour lui, qu'un temps.
Alors pour mieux nourrir ce que je vous dis là à propos de ce "modèle antidote" par rapport au surréalisme, comme je l'avais nommé dans une étude sur Senghor (un autre, qui réagit encore très exactement de cette manière), je vous propose ici ce passage où j'en parle justement ("il" : Senghor) :

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"Qu’il s’agisse du lien au rythme ou de l’alliance du concret et de l’abstrait, les aspects de l’image chez Saint-John Perse sont décidément pour Senghor autant de points d’appui pour affirmer une communauté esthétique et en profiter pour marquer ses distances envers le surréalisme :

« Pour toutes ces raisons, les images de Saint-John Perse sont aussi neuves que celles des surréalistes. Elles sont plus belles. Pourquoi ? Parce qu’elles sont vêtues de la grâce du langage. Parce qu’elles sont plus prenantes, vous saisissant à la racine de l’être. C’est qu’elles ne sont pas gratuites. » L.S. Senghor, « Saint-John Perse ou poésie du royaume d’enfance », in Liberté 1.

C’est sans nul doute en grande partie par les implications de cet enthousiasme de Senghor que l’on peut tenter d’aller au fond de cette si grande fascination de ce lecteur de Saint-John Perse, et peut-être mieux cerner cet « envoûtement » dont a parlé Roger Little. C’est au regard des procédés surréalistes qu’il ressent le besoin de mettre en valeur l’originalité de l’écriture de Saint-John Perse. « Elles ne sont pas gratuites », nous dit-il au sujet de ses images : arguons que c’est précisément cette non-gratuité et cette force expressive des images poétiques qui confortent Senghor dans la distance qu’il a déjà prise par rapport au surréalisme, quand il découvre le continent Perse. On oublie souvent le magistère qu’a pu exercer le surréalisme sur les poètes d’avant-guerre : un contexte, un arrière-plan esthétique imprimaient là leurs accents diffus et, au gré des manifestes, à la faveur d’une école instituée, déterminaient à peu de choses près les prédicats de la création. La totale indépendance de Saint-John Perse vis-à-vis de l’école surréaliste (alors même que Breton crut voir en lui un « surréaliste à distance ») mais surtout, la forte individualité de son style constituèrent sans conteste pour ceux qui ne se reconnaissaient pas dans les présupposés de ce que Senghor fustige comme une « aventure », ce que j’appellerais volontiers un « modèle antidote ». Le parallèle entre l’attitude de Senghor et celle d’un Roger Caillois est à ce titre assez exemplaire, si l’on se souvient du rôle éminent qu’eut pour ce dernier l’univers de Saint-John Perse, qu’il n’hésita pas à qualifier de « poésie de l’exactitude » dans sa Poétique de Saint-John Perse et dont il ne cessa de souligner l’attachement au réel. Avant de s’en écarter radicalement, Roger Caillois appartint quant à lui, au moins un temps, au groupe surréaliste, mais ne put jamais s’accommoder d’une écriture présidée par la seule primogéniture du hasard et de l’imagination irrationnelle ; l’œuvre de Saint-John Perse lui fournira l’exemple à la quête duquel il fut longtemps en marche, d’une poéticité subordonnée à un idéal de maîtrise du langage et ce, tout particulièrement dans l’élaboration d’images non fortuites, d’images signifiantes – et c’est à ce titre que les analyses de Caillois sont parfois étonnamment proches de celles de Senghor sur ce point précis (surtout par rapport au passage précité du texte de Liberté 1) :

« Je ne cache pas l’éblouissement un peu craintif que j’ai toujours ressenti pour les images fortuites, arbitraires et, si je vais jusqu’au bout, pour les images in-imagin-ables (cette séduction a joué son rôle dans mon adhésion passagère au surréalisme). Or les images de Saint-John Perse ne sont jamais inimaginables. Bien au contraire : plutôt despotiques pour l’imagination. De sorte qu’elles constituèrent pour moi de façon ininterrompue une sauvegarde décisive contre les splendeurs non gagées du hasard et de la gratuité. C’est qu’elles n’avaient rien à envier aux plus insolentes des autres, même pour l’éclat ou pour la surprise. » (Roger Caillois, « Reconnaissance à Saint-John Perse », in Approches de la poésie, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 1978, p. 225. C’est moi qui souligne.) "

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Bon, si ces voix, si ce modèle antidote, ne peuvent vous suffire (alors même qu'il ne s'agit pas de vous convaincre, mais de remettre les choses à leur place), je me permettrais de vous conseiller de vous plonger un peu plus dans le détail des fondements de l'image poétique chez Perse. Vous comprendrez alors que ce qui vous permet pour l'heure de percevoir un quelconque lien avec le surréalisme, vient du fait que vous vous tenez encore au bord de cette poétique si subtile, et que vous n'êtes sans doute pas encore entré dans son intimité littérale. Et je me sers à dessein de ce terme de "littéral", car c'est sans doute là que se situe la clé de ce que Caillois nomme ici ce caractère d'images "despotiques pour l’imagination". Vous ne vous imaginez pas à quel point. "Poésie de l'exactitude" : le mot est encore de Caillois, et on pourrait le prendre pour la définition même de l'esthétique persienne.

Quant à la mission même de la poésie, c'est justement, in fine, ce qui permet, dans la conception qui est celle de Perse, de l'éloigner le plus profondément, le plus fondamentalement je le répète, en y insistant lourdement, de tout surréalisme possible ou imaginable.
Non, Olivier : Saint-John Perse n'a définitivement, rien à voir avec le surréalisme. Persistez à le croire (par obstination ou de bonne foi), et vous serez dans l'erreur. Et j'ajouterais : une erreur regrettable dans votre appréhension de Perse, tant elle vous éloignerait de la substance de sa poésie, que pourtant, à relire vos messages antérieurs, vous avez bien comprise.

Bien à vous, Loïc Céry
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Olivier



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Jeu 31 Aoû - 22:21

Bonsoir!
Je trouve tout cela passionnant, et je vous assure d'ailleurs n'avoir pas voulu soutenir le contraire! C'est un malentendu!

(j'aborde aussi, juste au-dessus, ce qui me paraît une différence irréductible entre l'image de Perse et l'image surréaliste, excusez-moi de me citer ^^
"cette exigence d'une parole "authentique" relève en effet de l'éthique du poète et instaure une différence profonde entre une image de Perse et les associations de mots, aussi réussies et étincelantes soient-elles, des expériences surréalistes... les jeux, les aventures de langage des années 20 n'ont en effet rien à voir avec les exigences de Perse"

S'il y a malentendu, il est dû à l'ambiguïté (que je reconnais volontiers) de mes propos, et à ce que la définition du surréalisme que j'adopte est effectivement une définition très extensive, très libre, très méliorative par rapport à la conception canonique, bref finalement erronée par rapport à ce que tout le monde entend!! Je voulais préciser quand même ce que j'entendais, bien autre chose que "la terre est bleue comme une orange" et les Manifestes. Quand vous parlez par ex. de Char, avec qui vous faites même un rapprochement, c'est notamment à lui que je pensais. Si j'en fais une figure du surréalisme, c'est sans doute bien abusivement, mais soyez sûr en tout cas que j'évoquais des choses bien différentes du vers d'Eluard et de "l'esthétique surréaliste". SjPerse n'est pas un poète surréaliste, je le retire volontiers, tout simplement parce que ça ne reflète pas ma pensée, et l'exemple de Signe Ascendant est très très mal choisi, je n'aurais pas dû le rajouter.

Très franchement, je repète que je suis entièrement d'accord avec vos propos, qui sont passionnants, et éclairent chez moi des intuitions confuses. Je vous remercie sincèrement, en tout cas, du temps que vous prenez à développer vos réponses, toujours d'une grande clarté et d'un grand profit pour moi!!

Je n'aurai désormais plus avec la rentrée, malheureusement, de connexion Internet régulière pour venir sur ce site si riche. Je souhaite de tout coeur, néanmoins, pouvoir venir aux journées que vous prévoyez d'organiser.

Bien cordialement,

Olivier
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Ven 1 Sep - 0:30

Cher Olivier, il est regrettable que vous ne puissiez disposer de connexion. Essayez d'y remédier. Et effectivement, je compte sur vous pour les journées : je vous tiendrai au courant. Bien à vous, Loïc Céry
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 28 Oct - 22:55

Bonsoir M. Céry! Je vois que le forum se porte bien!

Grand jour: je vais essayer de procéder méthodiquement ^^

D'abord, je voudrais renouer avec notre vieille question du surréalisme de Perse. Ne vous inquiétez pas, je suis toujours d'accord sur la différence fondamentale (une éthique de l'exactitude du langage) qui existe entre la poésie de Perse et les expériences théorisées par Breton.
Mais à relire, et dans quelle extase, certains textes de Perse, force est de constater une sorte d'expressionnisme, une luxuriance inouïe des images. Or en y réfléchissant, je crois que cette puissance expressive de l'image, sans être un "héritage", est bel et bien un point commun avec les surréalistes. (Et je ferais d'ailleurs mutatis mutandis la même remarque pour Césaire ou Senghor).
La différence - fondamentale, je suis d'accord - n'est donc pas tant dans la phénoménologie des images que dans la fonction qui leur est attribuée: dans les premiers textes surréalistes le déploiement des images est gratuit, il se justifie lui-même; chez Perse vous parlez très justement de rupture, puisque l'image est subordonnée à l'expression d'une émotion qui la précède. Subordination du langage à l'expression, que Breton - qui ne fait que suivre Rimbaud... - refusera toujours, dans un autotélisme du langage qui a bien entendu ses limites.

(Mais j'ouvre une parenthèse!, cet autotélisme du langage a aussi son originalité, surtout replacé dans une démarche d'ensemble. Gracq fait remarquer judicieusement que le surréalisme est un mouvement de départs et non d'arrivées. La présentation scolaire/universitaire du surréalisme, faite de frénésie taxinomique (ah, "l'esthétique surréaliste"...) et de quelques extraits des Manifestes, est un joli contresens pour un mouvement essentiellement expérimental.
(Le ton en permanence dogmatique de Breton dans ses textes théoriques est compris, je crois, de manière extrêmement anachronique, seul replacé dans son contexte il a sa valeur, je pense que ce dogmatisme est plus provocation que narcissisme).
Certes, ensuite, beaucoup de grands poètes ont ressenti la nécessité de rompre avec ces expériences et de trouver leur voie propre: pour autant ces expériences n'avaient-elles aucune valeur?)


Bref, je suis le premier à dire qu'il n'y a rien à voir entre la poétique persienne (& idem pour char, aragon (après leur rupture avec Breton), senghor, césaire, et qui sais-je encore) et la poétique de Breton: cela n'implique pas de vouer aux gémonies le surréalisme parce qu'on aime Perse. A chaque grand poète sa conception de la poésie et son projet singulier, qu'on ne force pas pour autant les oppositions. Il y a des différences fondamentales et aucun antagonisme. Le terme d'"antidote" que Caillois emploie est compréhensible du point de vue de son expérience personnelle: il est tout de même affreusement mal choisi. Les mouvements littéraires s'enrichissent de toute évidence les uns les autres, bien plus qu'ils ne se combattent.

Pour résumer, je crois qu'on peut affirmer simultanément:

- la communauté de luxuriance imagière entre Perse, certains autres poètes que j'ai mentionnés, et les textes surréalistes ( je dis communauté, pas héritage, Breton n'a pas inventé l'image )

- ET la spécificité de Perse, qui dépasse la gratuité hédoniste du déploiement imaginaire en le subordonnant à son "acclamation" émerveillée...

Ce qui m'amène à un deuxième point, plus intéressant! Lisant Nietzsche - quelle diversité chez Nietzsche, c'est fou, je conseille à tout le monde le livre de Lou Salomé - je vois un parallèle fondamental entre l'affirmation éperdue de la vie qu'il y dans les derniers textes de Nietzsche et la poésie de Saint-John Perse: comme je vous ai déjà entendu en parler, pourriez-vous me réindiquer quelques pistes pour étudier ce lien? Merci d'avance!

Enfin, je me suis inscrit avec joie aux journées de décembre! Le programme me semble passionnant. Je crains de ne pouvoir assister aux conférences du vendredi matin: ça ne pose pas de problème?


Bien à vous,
Olivier.
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Dim 29 Oct - 0:08

Cher Olivier, comme je vous retrouve là, fidèle à vous-même !
Je suis ravi de votre venue aux journées. Non, le fait que vous ne puissiez venir le vendredi matin, ne sera pas dommageable pour vous, du moins je crois.

Vous y revenez, à cette satanée question du surréalisme, c'est que vous devez y tenir ma foi ! Et pourtant, je persiste et signe tout ce que je vous avais exposé, en y ajoutant quatre points, à propos de la nouvelle extension de votre défense et illustration.

1) Faites attention à ce mélange Césaire-Senghor-Perse dans cette question du rapport au surréalisme : si les attitudes sont tout à fait voisines en ce qui concerne Senghor et Perse, le cas de Césaire n'a en revanche rien à y voir. Césaire est essentiellement un poète surréaliste, demeuré fidèle au mouvement.

2) Toute notre discussion de naguère n'avait rien à voir, en tout cas en ce qui me concerne, avec le fait de "vouer aux gémonies le surréalisme parce qu'on aime Perse" comme vous dites. Je n'ai aucun goût pour le surréalisme, c'est un fait, mais après tout c'est là une affaire personnelle (et mon dégoût profond pour l'esthétique surréaliste est au demeurant une prise de position que je m'efforce d'argumenter : le rapport à la littérature doit être partial, en tout cas à mon sens, sauf à vouloir être des ectoplasmes accueillant tout sans sourciller). Mais une affaire de goût personnel n'est pas primordiale : j'avais insisté en revanche sur la radicale antinomie de ce qui vous apparaissait pour des parentés. Voilà tout : mon souci n'était que pédagogique en somme, à propos d'un contresens qu'il serait grave de commettre et dangereux de diffuser.

Dans le fond, vous gauchissez également ce que j'avais voulu expliquer : l'image chez Perse n'est pas tant subordonnée à une "émotion" qui la précède, mais au réel. Et ici, s'ouvre un continent de gloses dont je vous fais grâce...

3) Le terme d' "antidote" utilisé par Caillois peut vous sembler "affreusement mal choisi", mais l'important est de bien y percevoir l'expression d'un rejet du surréalisme qui présidait aussi à son adhésion à l'esthétique persienne (cas de plusieurs intellectuels de l'époque). C'est cela qui est important - et proche, en l'occurrence, comme je l'avais souligné avec les références que vous savez, de l'attitude de Senghor.

4) Je ne peux pas vous laisser, cher Olivier, quelque soit la joie de vous relire sur le forum, conclure sur ce point, en réintroduisant in fine ce que vous appelez une "communauté de luxuriance imagière entre Perse (...) et les textes surréalistes". Non, mille fois non : pas de communauté. Dites plutôt que vous semblez percevoir une parenté, et je vous redirais combien vous vous trompez, exemples à l'appui. Mais ne concluez pas de manière aussi systématique à une communauté, qui n'existe pas. Je ne sais pas, à vrai dire, ce que signifie pour vous le terme très vague à mon goût, de "luxuriance imagière", mais j'y vois de manière assez typique la source des malentendus dans lesquels on peut effectivement s'engouffrer en la matière. Alors, pour emprunter votre pas, je vous dirais en quelques mots génériques, n'ayant pas l'espace de développer, que si luxuriance il y a chez Perse, elle ne peut être tenue en aucune communauté quelconque avec la poésie de son temps, pour plusieurs raisons... Mais alors surtout pas avec les surréalistes, grands dieux, non !
Et puis vous rejetez le terme d'héritage. Heureusement, dites, moi ! Comment Perse pourrait -il hériter d'un mouvement dont il fut le contemporain ? Perseverarae, diabolicum. Et j'ajouterais : bis repetita.
Si cette pententé est en revanche si ancrée dans votre esprit, je ne crois pas cela dit être en mesure de vous convaincre du contraire. Je jette l'éponge.

Pour ce qui est des très fortes empreintes nietzschéennes dans la poésie de Perse - et d'ailleurs notamment en ce qui concerne Vents, qui est programme des agrégatifs -, des analyses de fond ont été livrées par plusieurs critiques ces dernières années. Mais je vous conseillerais surtout ce qu'en a dit Colette Camelin, dans L'éclat des contraires (voir la bibliographie). Les analyses de Camelin sont à vrai dire exhaustives en ce qui concerne la continuelle lecture de Nietzsche par Perse, et la présence de son éthique dans sa poésie.

Peu importe votre persistance sévère à l'erreur pour ce qui est de cette question funeste des surréalistes : je suis sincèrement très content que vous ayez recommencé à fréquenter le forum et surtout, que vous puissiez être des nôtres au Lucernaire. Et qui sait : nous reprendrons alors de visu notre controverse, là où nous l'aurons laissée...
Bien à vous, Loïc Céry
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Dim 29 Oct - 3:48

Je vous sens légérèment courroucé: à bon droit! j'adopte souvent trop farouchement une éthique de la têtutude.

Je vais exceptionnellement me ranger à votre avis ( si, si, cette fois ce n'est pas une feinte ^^) : je crois que ma "parenté" est finalement trop appauvrie pour encore valoir quelque chose...

(Je parlais d'héritage: tendancieux, mais au sens d'influence, pourquoi pas, a priori? Perse ayant publié beaucoup de ses textes principaux bien après la fin de l'effervescence surréaliste...)



Vous sembliez opposer ma perception subjective d'une parenté et ce qui serait la réalité des rapports de similitude... Mais, que disais-je d'autre sinon que précisément, c'est dans leur réception que ces deux poésies (partiellement!) convergent... si la parenté est dans l'effet provoqué sur le lecteur, comme le suggère Colette Camelin, comment cette parenté pourrait-elle être goûtée autrement que subjectivement?

Colette Camelin, qui n'est pas une hérétique, à la fin de la première conférence de votre - passionnante - université sonore, parle de la poésie de Perse comme d'une poésie du songe (les références ne manquent pas en effet), une poésie qui nous incite (entre autres, ajouterait-elle peut-être, mais en tout cas elle le dit clairement) à rêver...
Et de situer Perse entre deux pôles: la poésie abstraite de Valéry et... le surréalisme et son déploiement onirique.

Je ne partage pas cette idée de la similitude que constituerait la plongée dans un univers onirique (toute poésie fait rêver, dans ce cas-là: on arrive à quelque chose d'extrêmement appauvri), mais voyez simplement que je ne suis pas le seul à percevoir subjectivement une parenté, ce sont aussi les impressions de certains critiques...
Mais je ne vois pas dans ce déploiement onirique une parenté. Je ne suis fondamentalement pas d'accord avec Colette Camelin: Perse ne cherche pas simplement à faire rêver. Là est toute la distance avec les textes surréalistes: là où le paysan de Paris se rassasie du "stupéfiant image" et des paradis artificiels que crée le langage, la poésie de Perse est subordonnée à un "mieux vivre", elle a des retombées sur la vie. Le rêve surréaliste perd tout son sens une fois que l'illusion est dissipée; le sens de la poésie de Perse survit au langage, déborde sur notre existence, ouvre sur un surcroît de joie. Il y a une "sagesse" de SjPerse, au sens de Montaigne, une sagesse dont on jouit.

Je signe les accords de paix, (rassurez-vous: ce n'est pas par volonté de consensus) et j'accepte le mot d'antinomie, si l'on se fonde sur la divergence originelle des projets...

Par contre, je goûte la distinction que vous faites entre Senghor et Césaire, et je rebondis sur l'exemple de Césaire, pour interroger quand même la porosité des frontières... Césaire qui vous semble, et me semble aussi, plus "surréaliste" qu'un Senghor, ne dit-il rien du réel?
Un texte comme le Cahier d'un retour au pays natal déploie une kyrielle d'images surréalistes, et pourtant, je trouve, non seulement il exprime quelque chose ( langage subordonné à la restitution d'une émotion ), mais il évoque le réel. Les images apparemment gratuites sont pleines à craquer d'allusions à des référents bien existants... que pensez-vous, sans polémique, du cas de Césaire?

La dichotomie de Senghor entre les images de Perse et les images surréalistes "gratuites" me paraît en fin de compte valable.
Je prendrais, moi, un autre critère de distinction: là où le surréalisme provoque le sens (qui peut jaillir, parfois, mais toujours après coup, des images), Perse le recueille et le propulse dans l'oeuvre oeuvrée de son art. Et ici on rejoint non "le surrréalisme" ( ce n'est pas maintenant que je vais réamorcer un désaccord ) mais les démarches de poètes parfois "classés comme surréalistes", ce qui est très différent... on a déjà parlé de Char, je pense surtout à Reverdy que j'aime bien et qui est passé exactement par notre interrogation, au Aragon de la poésie de contrebande, etc... des poètes qui refusent la fécondité de l'arbitraire sans pour autant nier la beauté de l'image...

Mais je ne vous taquine pas davantage: s'il le faut encore , comme vous dites, très volontiers, dûment persiens, nous reprendrons ce long débat où nous l'aurons laissé, et je pousserai mes arguments... d'ailleurs ce débat est fécond: on en revient à la vieille question de la mimêsis, à l'interrogation qui fait toute la dignité de la poésie...



Toutes mes amitiés, et à bientôt je l'espère!

Olivier
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Dim 29 Oct - 4:21

A bientôt ? A tout de suite vous voulez dire !
La lecture de vos réponses est toujours aussi revigorante. Je ne veux pas vous faire rendre les armes, fûssent-elles miraculeuses, pour pasticher Césaire. Et si vous me sentez courroucé, vous devriez plutôt y percevoir l'aiguillon de la discussion (même polémique), que j'aime personnellement plus que de raison...

Bien sûr, la poésie de Césaire est également fondée sur une certaine vision du réel, et Cahier d'un retour au pays natal est effectivement là pour en attester. Mais allez dans des oeuvres plus "conformes" à l'Ecole en somme, comme par exemple Soleil cou coupé... et vous verrez que les choses sont plus compliquées que ne le laisse penser le ton manifeste du Cahier. Alors en somme, la question revient en fin de compte de savoir comment les poètes de cette époque, contemporains de ce vacarme surréaliste, ont tous négocié avec ce mouvement, cette mode telle qu'elle m'apparaît, pour imposer leur propre dit poétique. Il est certain que ceux qui avaient réellement quelque chose à dire ont pris les distances d'usage avec les préceptes sectaires de Breton. Et voilà tout : ils ont en quelque sorte opéré une échappée, chacun à sa façon, par rapport aux dictats que vous savez...

Colette Camelin, en faisant allusion à cette tension de l'onirique, a peut-être improprement évoqué alors le surréalisme. Mais prenez la mesure de l'intégralité de ce qu'elle dit : elle fait surtout état de cette dimension résolument problématique du songe chez Perse. Car il existe bien une tension de cet ordre, menant le poète au bord du délire, mais le mouvement (et c'est ce qu'elle explique dans son ouvrage) est toujours achevé chez Perse, par un violent retour de la lucidité, entendue dans un sens renouvelé. Et c'est en cela qu'elle a peut-être fait état de ce que vous dites là ; il ne s'agit pas d'ailleurs de situer Perse dans un entre-deux : ce serait alors bien imprécis. Il faut percevoir tout ce qu'il a de spécifique justement, toujours et encore à propos de cette question, satanée question têtue elle aussi, du rapport au réel. Et je ne voudrais pas dire de généralités en la matière, le tout étant question de nuances. Mais pour aller vite, c'est précisément cette question qui permet de prendre conscience de toute la spécificité stylistique et esthétique de la poésie de Perse. Les images les plus "extravagantes" au premier abord se révèlent toujours fondées sur une stratégie de recréation du réel, en somme ressortissant de la mimèsis que vous évoquez, mais au sens aristotélicien du terme : recréer plutôt que rivaliser. Il s'agit toujours pour Perse de recréer le monde, ce "monde entier des choses" comme il le dit, dans l'espace du poème, sans jamais abdiquer devant la complexité et une sorte d'éthique faite à la fois d'exactitude et de lucidité. Quand on a compris cela, je crois qu'on a compris ce qui fonde le processus d'écriture chez Perse. C'est d'ailleurs ce que tente d'exprimer Caillois d'une manière qui ne vous plaît pas à ce que j'ai cru comprendre, mais en tout cas exacte, quand il parle d'images qui ne seraient plus "in-imaginables", comme elles le sont chez les surréalistes, puisque fondées sur l'abitraire. Et c'est ce qui fait que même avec la tentation du songe, l'imagerie dont use Perse correspond toujours à cette traversée éminemment lucide du réel.

Et l'attitude générale : même si donc tant d'autres poètes se sont (à mes yeux) un temps "compromis" en fréquentant le groupe surréaliste, distinguez bien que Perse ne l'a jamais fait, et que c'est Breton qui, lui, unilatéralement, prétend qu'il est "surréaliste à distance", ce qui ne veut rien dire, je le répète. Attitude d'indépendance, d'écart, et même de solipsisme esthétique : tant d'autres auraient sauté sur l'occasion pour reprendre à leur compte la qualification, comme preuve dun adoubement (il était en somme si "tendance" comme on dit aujourd'hui, d'être surréaliste pendant tant d'années). Avec Perse, rien de cela : une recherche hautaine, loin des sentiers battus, de sa voie propre et de sa voix spécifique.

Voilà pour l'heure la plus récente riposte que je fais à vos réflexions, "dans l'estime", comme dirait Saint-John Perse.
Bien à vous, Loïc Céry
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Dim 29 Oct - 21:24

Bonsoir! Décidément, je ne vous laisserai pas de pause ni répit...

En tout cas, ce m'est toujours grande joie de lire vos réponses!


(Pour Césaire, c'est vrai, il reste bien plus proche que d'autres de l'esthétique surréaliste dans certains recueils, même s'il trace dans l'ensemble, comme vous dites, sa propre voie)
Bien d'accord sur la distance que beaucoup de grands poètes ont pu prendre avec les préceptes de Breton.
Je déplore d'ailleurs, tout à fait indépendamment des rapports de Perse au surréalisme, que l'emploi du mot "surréalisme" engendre un amalgame funeste entre des poètes fort différents.
Indépendamment de la spécificité de Perse, il est absolument évident que les poètes dont nous parlions, et même des gens comme Eluard ou Desnos (en tout cas pour un certain nombre de textes, et peu importe si on apprécie leur poésie), pourtant systématiquement étiquetés au label "viande surréaliste", se détachent complètement des préceptes de Breton... (et la rigueur est de constater qu'André Breton lui-même, quoique de façon bien moins marquée, module aussi sa trajectoire au cours de son oeuvre, et revient sur certains des "dogmes" qu'il a énoncés... mais peu importe, ceci n'est qu'une question de nuances dans les classifications, & cela n'a absolument rien à voir avec Perse...)


Pour en revenir à nos Perses: ce que vous dites à propos de la spécificité du songe chez SJP et sur la question de la mimêsis est, vraiment, très intéressant! On est au coeur d'un problème phahssinand. Je compte dès que possible lire l'ouvrage de C.Camelin auquel vous faites allusion.

Quelque chose qui n'a rien à voir: les lectures de SJPerse. Celles de Terzieff et de Jean Topart notamment sont magnifiques! Existe t-il des enregistrements, ceux-là ou d'autres, que l'on peut se procurer??

Et merci encore pour ces réponses!

A bientôt,

Olivier
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Dim 29 Oct - 22:21

Cher Olivier, ces enregistrements sont issus de documents d'archives qu'il est, je dois vous l'avouer, très difficile, voire quasiment impossible de se procurer aujourd'hui. J'en avais fait l'acquisition il y a quelques années ; vous pouvez en trouver les références à la rubrique adéquate du site : http://www.sjperse.org/voix.htm

Vous pouvez également consulter certaines lectures des poèmes du recueil Exil, sur la page suivante : http://www.sjperse.org/lectures.htm
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Lun 30 Oct - 1:39

Merci!
Dommage que ces documents soient introuvables. Mais les lectures proposées sur le site sont déjà un régal!

Je vois d'ailleurs se trahir dans ces lectures deux interprétations assez différentes de l'oeuvre.
Le ton semble osciller en effet entre exaltation et recueillement. (Je vais entrer dans l'impressionnisme, j'assume!)
Schématiquement, d'un côté il y aurait Jean Vilar (impressionnant) "...Ma gloire est sur les sables! Ma gloire est sur les sables!..." et, de l'autre, Laurent Terzieff (que dire): "...Toujours il eut cette clameur, toujours il y eut cette splendeur..."
Si je suis plus sensible à la lecture de Terzieff, c'est qu'elle parvient vraiment à communiquer ce sentiment de la merveille qui traverse l'oeuvre, et ne se borne pas à l'assener... Je trouve, mais c'est très personnel, que les plus beaux poèmes de Perse sont souvent les plus "modestes", les moins teintés d'éréthisme... Eloges, Chronique, les derniers poèmes... Attention, il y a des passages d'Exil, de Vents, d'Amers absolument prodigieux, où on est pourtant dans l'exaltation éperdue... mais dans ces oeuvres (surtout Vents), j'ai l'impression parfois d'un propos trop abrupt... en fait, ce n'est pas l'exaltation qui est gênante, mais ce sentiment d'une vérité assenéeparfois plutôt que communiquée...

Attention, je pense aussi que sa hâte à acclamer a priori les choses fait aussi son originalité et sa grandeur. Car en fait, l'émerveillement devant "la simple chose d'être là" n'est pas provoqué par la beauté de l'existence, par le monde extérieur, mais semble relever bien plutôt d'une éthique, d'une résolution inébranlable, s'origine dans une vie intérieure.

Quelque chose de vraiment très nietzschéen, je crois: une discipline de l'émerveillement, une sacralisation a priori du monde. Car chez Nietzsche, il y a justement cette originale et héroïque discipline de l'affirmation du monde, affirmation éperdue du monde malgréla souffrance, les atrocités, et l'inanité de l'existence, et même à cause de cette souffrance, qui demande un antidote...

Quand je lis chez Perse "l'amitié de mes genoux", "la puanteur sacrée des grèves..." (magnifique...), c'est bien cela... ou dans Vents: " c'étaient de très grands vents sur la terre des hommes, de très grand vents à l'oeuvre parmi nous, Qui nous chantaient l'horreur de vivre, et nous chantaient l'honneur de vivre..."... il y a bien le même "optimisme" coûte que coûte, après l'horreur de la guerre, un optimisme de parti pris, malgré ou à cause de la souffrance.
Dans une lettre de jeunesse de Perse à un ami, je ne sais plus laquelle, c'est net: il dit s'imposer une discipline mentale, s'efforcer de goûter la plénitude d'être, lorsqu'il s'endort, lorsqu'il s'éveille...


Pour en revenir à la poésie même de Perse ( au passage, je ne comprends pas comment on peut étudier la signification profonde d'une oeuvre sans étudier l'homme, c'est aberrant... mes études me gauchissent p-ê la réalité, mais que de fois la sempiternelle et bréhaigne allégation d'un CSBeuve mal digéré pour refuser le lien évident entre un univers mental et une oeuvre poétique... j'ai l'impression que c'est à la mode, p-être un avatar pathétique du vieux rêve d'autonomie de la critique littéraire/ de la linguistique...), la force de cette poésie est précisément de nous entraîner dans ce mouvement d'affirmation éperdue.
Mais paradoxalement, elle y arrive le mieux, je crois, lorsqu'elle se recueille le plus, et l'émotion que parvient à susciter Laurent Terzieff en serait l'illustration. Parce que la parole est alors moins didactique et moins envahissante, qu'elle nous fait une place, qu'on ne se sent plus sommé d'adhérer; parce que la splendeur du chant suffit à nous arracher le "oui" du consentement la vie.

Tout ceci est bien brouillon, je ferais mieux de repartir écouter le murmure de SjPerse.org ^^



Cher M.Céry, études obligent, je ne pourrai guère poursuivre d'ici les rencontres ces échanges cyberpersiens, mais je vous souhaite en tout cas une préparation sans entraves!

Cordialement,
Olivier
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Lun 30 Oct - 17:41

Je suis absolument ravi de la façon que vous avez d'accueillir ces différentes lectures (enregistrements sonores), en leur attribuant la mise en lumière de divers aspects des poèmes. J'ai toujours été convaincu que ces lectures livraient au sens plein toute la chair de cette poésie, que son auteur pourtant voulait de lecture inétriorisée (il détestait les lectures à hautes voix de ses textes). Je vous suis tout à fait au passage, quand vous avouez votre préférence pour les lectures effectuées par Terzieff, qui sont à mon sens indépassables dans une large mesure.

Le prix que j'attache aux lectures poétiques m'a fait opter pour des séances de cet ordre au sein du programme des journées de décembre, et vous verrez ce que ça donne, lors de votre venue directement.

Bien entendu, vous ne vous contentez pas de cette simple appréciation, et vous attirez l'attention sur un autre aspect lui aussi essentiel : la place d'une considération du biographique. Et vous avez raison de souligner la réelle sidération de la critique depuis le Contre Sainte-Beuve que vous savez. J'ajouterais ceci : tout d'abord, la question est encore plus passionnante dans le cas de Perse, puisqu'on est en présence d'un cas exemplaire de la contruction d'une légende personnelle, comme vous le savez. La tâche de la critique de ces dernières années a été en quelque sorte d'aller voir derrière l'image parfaite auto-édifiée par le poète de son vivant, et de mettre à jour non seulement les stratégies auctoriales qui sont en jeu ici, mais également les raison à la fois intellectuelles et esthétiques de ce geste de construction de sa propre légende. C'est par ailleurs tout ce qui rend essentielle et passionnante en soi la trajectoire de la critique persienne, piégée dans un pemier temps dans les méandres de l'admiration, puis en proie à cette ère du soupçon qui a étendu son empire sur les études critiques. Aujourd'hui, on est mieux à même de tirer partie de tout ce processus qui a consisté en une progressive lucidité vis-à-vis de l'homme, de sa légende, et de l'oeuvre in fine. C'est un peu ce que j'explique dans le programme de France Culture consultable sur le site, et il est vrai que c'est là un aspect vraiment captivant de l'éclairage des "énigmes de Perse", comme se plaisait à les appeler Jean Paulhan.

Bien à vous, Loïc Céry
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 18 Nov - 2:02

"Cohorte": quel est ce fameux texte que je ne vois pas dans la pléiade? un manuscrit non publié?
amicalement,
Olivier
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Dim 19 Nov - 11:49

Cher Olivier, ravi de vous lire à nouveau et merci pour votre question, à laquelle je compte bien répondre, en début de semaine : pour l'heure, je suis un peu débordé. J'aurai également d'autres choses à vous proposer.
Bien à vous, Loïc Céry
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Dim 10 Déc - 20:05

En relisant certains poèmes:
- le chant sans source ni estuaire de Chant pour un équinoxe me paraît être un clin d'oeil délibéré à la conception grecque de l'Océan, ce fleuve qui entoure la terre et dont le trait distinctif est précisément de n'avoir ni origine ni embouchure: l'image de la pérennité dans et par le flux serait renforcée par cette allusion.
- "et nous étions peut-être en mer, ce jour d'éclipse et de première défaillance, quand la louve noire du ciel mordit au coeur le vieil astre de nos pères", dans Chronique(?): dans la mythologie scandinave, l'image du soleil mordu ou dévoré par un loup est fréquente dans les visions d'apocalypse et de fin du monde (ce n'est pas que je sois spécialiste, mais Borges en parle souvent). La grandeur et la violence de cette évocation de l'éclipse seraient là aussi renforcées par cette superposition de l'eschatologique au cosmique.
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Dim 10 Déc - 20:17

Cher Olivier, que voulez-vous que je vous dise ? Sans plaisanter, vos commentaires sont tellement essentiels, et votre intuition est si juste, que j'en suis soufflé, et que je ne cesse de m'en féliciter pour ce forum... D'autant plus que vous avez trouvé là, je vous le confirme, le ressort référentiel effectif de cette métaphore d'éclipse qui, pour ma part, m'a toujours laissé sans voix...

Dommage que vous ne voyez pas là, justement, ces ressorts d'analogie que j'ai tenté d'expliquer hier en réponse à l'une de vos défenses et illustrations en règle du surréalisme...
Qui plus est, vous aviez mis votre âme en jeu ; j'en suis resté sans voix, là encore... Mais je ne désepère pas, exemples à l'appui, de reprendre avec plus de succès ma tentative de conversion...
A très vite, Loïc Céry
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Ven 29 Déc - 16:31

Sjperse a écrit:
Chère "Stephie", je dois poser la question à propos de la "Douane", à Colette Camelin. Je vous donnerais une explication qui m'est propre, mais je souhaite tout d'abord vérifier. Je vous demande donc de bien vouloir patienter encore un peu à ce propos.

Bonjour,
je me permets de vous solliciter de nouveau, afin de savoir si vous aviez fini par avoir une réponse à cette petite énigme.
Merci par avance
Cordialement
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Sjperse
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 30 Déc - 11:31

Chère Stephie, je n'ai pas oublié l'énigme de la Douane, à laquelle je n'ai pas encore de réponse pour l'heure (et ce n'est pas faute d'avoir activé mon réseau) ; je vous promets d'avoir une réponse très bientôt : je redouble la sollicitation des plus fins limiers sur l'affaire, et n'ayez crainte, vous connaîtrez promptement le fin mot de cette "chronique"...
Bien à vous, Loïc Céry
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 30 Déc - 18:54

Merci encore à vous. flower
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loup



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MessageSujet: la Croix du sud   Sam 6 Jan - 21:03

dans le chant V de Chronique, il me semble juste de voir dans la Croix du sud ,l'avion de Mermoz qui regagne sa base: la Douane. l'idée du retour à sa terre d'origine, à son point de départ est une isotopie en effet très présente dans ce chant avec les mots "regagné" "nous ramène", "rentrons" etc. la frégate-aigle est ainsi un oiseau des îles qui revient mourir sur sa terre d'origine. l'idée du retour au point de départ s'accompagne ici de l'idée de la fin, de la mort, ce qui a un rapport avec le regard de Perse, âgé, sur sa vie : " la course est faite et n'est point faite"
Loup
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Stephie



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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   Sam 6 Jan - 22:51

Merci pour ces pistes. flower
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MessageSujet: Re: A propos de : CHRONIQUE   

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