FORUM SAINT-JOHN PERSE

Forum de discussions du site Internet Sjperse.org. Discussions et réflexions à propos de Saint-John Perse et de sa poésie ; informations relatives à la diffusion de son oeuvre.
 
AccueilAccueil  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
alice

avatar

Nombre de messages : 8
Date d'inscription : 23/08/2006

MessageSujet: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"   Lun 18 Sep - 15:09

" Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"
Bonjour,
Après plusieurs lectures de Sécheresse, je m'interroge sur le sens à accorder à cette exclamation en italiques et entre guillemets qui, si elle ne clôt pas notre édition au programme, clôt l'édition de la Pléiade,( ce qui d'ailleurs me semble cohérent puisque c'est le dernier poème écrit, si l'on suit la chronologie...)
Voilà, ds une conférence que j'ai écoutée grace à l'université sonore, les intervenants expliquaient que le poète dénonçait la tromperie, la fausseté de Dieu que le poète, en quelque sorte, défierait..Ainsi le poète retournerait-il vers les hommes de son Siècle et tournerait le dos aux simagrées de Dieu...
Mais, ds le cours de Mireille Sacotte (qui est mon prof cette année), celle-ci a spontanément proposé une interprétation très différente de ce vers : selon elle, c'est Dieu lui même qui s'adresse qu poète et le qualifie, par dérision de "singe de Dieu"... Perse lui même dévaloriserait son statut et douterait, ds ce dernier poème, de sa poèsie et de sa crédibilité en tant que poète...
Je n'ai pas osé demander de précisions en cours, mais cette question me semble pourtant vraiment intéressante, non ? Les deux propositions sont quand même opposées...Faudrait-il en choisir une, à l'oral, ou proposer les 2 sens possibles ? Et vous, qu'en pensez-vous ?
ALICE
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
alice

avatar

Nombre de messages : 8
Date d'inscription : 23/08/2006

MessageSujet: Re: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"   Dim 24 Sep - 18:44

Je dois vraiment avoir posé la question ou l'interrogation la plus tarte du site, car personne ne veut y répondre....... Crying or Very sad pale
Je me contenterai de mes soliloques, alors...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sjperse
Admin
avatar

Nombre de messages : 323
Localisation : Paris
Date d'inscription : 12/08/2006

MessageSujet: Re: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"   Lun 25 Sep - 12:11

Je suis navré que vous ayez été amenée à soliloquer, car je comptais répondre à votre interrogation (importante, et aucunement "tarte"), mais j'avoue que je n'ai pu trouver le temps nécessaire. Voilà qui est réparé aujourd'hui, en vous priant de m'excuser pour le retard de cette réponse.

On a longtemps glosé, comme vous pouvez l'imaginer, sur le sens à accorder à cette mention ultime de Sécheresse, et de toute l'oeuvre de Perse d'ailleurs - ce qui, comme vous l'avez souligné, lui donne une importance particulière. Et les interprétations que vous avez mentionées me paraissent tout à fait acceptables. Comme il est d'usage dans la poésie de Perse, il vaut mieux, je crois, accepter l'idée d'une polysémie de certaines mentions "clés" de ce genre ; dans ce cas donc, je crois qu'il ne faut pas déroger à cet accueil d'une pluralité de sens.

Mais pour être tout à fait honnête, je vous dirais que le décryptage de l'image par Mireille Sacotte me paraît plus conforme à l'esprit même du poème, et s'accorde pleinement de surcroît à cette sorte de position conclusive de la formule, comme en clausule, à la fin ultime de l'oeuvre poétique. En effet, c'est la "ruse" du poète lui-même, qui a constitué en somme toute l'entreprise d'écriture d'une recréation du réel (par un usage transformé et savant de la mimèsis), qui l'a placé en position de mimer, de singer la création divine. L'hybris, la démesure du projet, serait-elle alors reconnue, et clôturée en ce stade final de l'oeuvre ? Je crois que le contexte de cette parole paroxystique de ce dernier poème peut donner à le penser en effet.
Dans la polysémie, je vous suggère deux autres pistes, qui élargissent le référent de "singe de Dieu", non plus au simple poète, mais à l'homme en général. Elles ont été mentionnées mais non détaillées dans le commentaire du Saint-John Perse sans masque ; je vous livre ici quelques références complémentaires. Tout d'abord, il s'agit d'une occurrence qui apparaît dans les si féconds récits que Saint-John Perse avait faits à la fin de sa vie, à Pierre Guerre, consignés dans le Portrait de Saint-John Perse édité par Roger Little en 1989 aux éditions Sud (le livre est totalement épuisé). Il y raconte que selon une croyance de Bornéo, l'homme libère la nuit son double sous la forme d'un singe, qui irait perpétuer tous les méfaits qui sont interdits à l'homme la journée. Vous pouvez trouver trace de ce récit dans une lettre à Archibald Mac Leish, dans la Pléiade. Ce "singe de Dieu" serait donc bien l'homme, et ses "ruses" sont également bien éclairées de cette façon...
L'autre piste, qui confirme ce référent "humain", est à chercher du côté de Nietzsche, comme l'a bien montré une critique qui avait déniché voilà quelques années une occurrence qui pourrait constituer un intertexte pour cette mention (je vous donne les références de l'article, que j'avais déjà indiquées dans la bibliographie propre à Chant pour un équinoxe : Luce de Vitry-Maubrey, « Perse et Nietzsche : la vie, le songe et Dieu », in Saint-John Perse, Antillais universel, Paris, Minard, 1991, p. 259-274). Voici cette occurrence : dans Le Voyageur et son ombre, Nietzsche voit en l'homme le "singe de Dieu" : "Si Dieu a créé le monde, il a créé l'homme pour être le singe de Dieu".

En somme, une piste référentielle, une piste intertextuelle, qui concourent toutes deux à conférer à l'expression "singe du Dieu" le statut d'une métaphore de l'homme. Désignation lourde de sens, comme vous le devinez, car voici la même hybris que celle du poète, transposée à l'homme en général, dont le destin serait en quelque sorte d'aspirer en la perfection divine, et de clore cette course idéale uniquement par la mort.
Bien que la mention demeure cryptée, cette orientation générale me paraît donc essentielle.

Voilà ; j'espère que ces éléments vous auront apporté quelques perspectives utiles.
Bien à vous, Loïc Céry
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.sjperse.org
alice

avatar

Nombre de messages : 8
Date d'inscription : 23/08/2006

MessageSujet: Re: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"   Lun 25 Sep - 15:23

Merci beaucoup, M. Céry, pour cette réponse éclairante (et éclairée) à ma question. En fait, vous n'étiez nullement visé quand je me lamentais du peu de succès de ma question, et je suppose que vous avez effectivement de nombreuses choses à faire et à penser...Je vous suis reconnaissante de m'avoir accordé de votre temps, et je me permets au passage de vous faire part de toute ma gratitude vis à vis du travail de fond que vous menez pour nous aider à mieux lire l'oeuvre de Saint John Perse, qui personnellement, me ravit totalement.
Effectivement, en vous lisant, je me suis souvenue de ce motif récurrent du singe ds son oeuvre pour nommer l'homme en général....Merci pour la précieuse référence à Nietzsche, je vais aller fouiller ma Pléiade pour consulter les passages que vous citez et chercher à creuser les rapports possibles entre Nietzsche et SJP...
Merci encore pour toutes ces pistes !
Alice.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sjperse
Admin
avatar

Nombre de messages : 323
Localisation : Paris
Date d'inscription : 12/08/2006

MessageSujet: Re: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"   Lun 25 Sep - 16:11

Pour plus de précision, voici le passage en question. Il est tiré de la très importante lettre à Archibald MacLeish du 23 décembre 1941 ("sur l'immunité poétique à l'égard de toute vie littéraire, de tout exotisme et de toute culture ; sur la langue française comme lien essentiel et seul lieu du poème"), que vous trouverez dans les Oeuvres complètes, p. 549 :

"En Malaisie, un jour, on m'a cité cette croyance d'une tribu aborigène de Bornéo : l'homme libère, chaque soir, son "double", qui, sous la forme très honorable d'un singe, va perpétuer toute la nuit les plus extrêmes et belles entreprises auxquelles le peuvre esclave diurne n'a pas accès ; mais il est interdit, en plein jour, d'évoquer jamais la moindre liaison entre les deux êtres. Je souscris des deux mains à un tel acte de foi."

Et voyez bien dans quel contexte il évoque ce souvenir : il s'agit de s'expliquer à MacLeish, à propos de sa conception de la césure entre l'homme public et le poète : "Ce n'est pas par affectation ni calcul que j'ai toujours pratiqué, aussi rigoureusement, le dédoublement de personnalité." Et on peut penser, bien sûr, au pseudonyme, et à toutes les "ruses" dont le poète s'est tant servi par exemple dans sa Pléiade.

Pour ce qui est de la "piste nietzschéenne", à propos de la mention en elle-même, j'insiste encore sur la qualité de l'article que j'ai mentionné ; en général, à propos de la très forte influence de Nietzsche sur Perse, je vous renvoie avec ferveur, à tout ce qu'en dit notamment Colette Camelin dans L'éclat des contraires (d'ailleurs récemment réédité, toujours aux editions du CNRS) : il s'agit vraiment d'un lien fondateur de la pensée et de l'esthétique persiennes.
A très bientôt, Loïc Céry
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.sjperse.org
Irmeyah



Nombre de messages : 55
Date d'inscription : 09/09/2006

MessageSujet: Re: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"   Jeu 28 Sep - 15:24

Citation :
Voilà, ds une conférence que j'ai écoutée grace à l'université sonore,
Pourriez-vous indiquer le lien internet - ou la référence ? Merci !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Sjperse
Admin
avatar

Nombre de messages : 323
Localisation : Paris
Date d'inscription : 12/08/2006

MessageSujet: Re: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"   Jeu 28 Sep - 19:41

Bonjour à vous ; je pense qu' "alice" faisait allusion à l'un des cours que j'ai sélectionnés pour la rubrique du site que voici : http://www.sjperse.org/univson.htm

Autre chose, à propos de votre autre message d'ajourd'hui : j'y répondrai au plus vite.
Loïc Céry
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.sjperse.org
Irmeyah



Nombre de messages : 55
Date d'inscription : 09/09/2006

MessageSujet: Re: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"   Jeu 28 Sep - 20:04

Merci. Vous parlez de l'explication je pense. Je vous remercie d'avance d'y accorder votre attention. A bientôt,

I.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: "Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"   

Revenir en haut Aller en bas
 
"Singe de Dieu, trêve à tes ruses !"
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Le "point de Dieu" n'existe pas dans le cerveau.
» Médaille en forme de coeur "MOI EN DIEU" - "DIEU EN MOI" - 1ère moitié XIXème
» Chalutier "Laisse Faire Dieu" par ovz
» "Au secours, j'ai mon ventre qui parle !" par Christian Gabriel (du 11 au 14 août 2008)
» "Maîtriser le Canon EOS 5D Mk II" en avant-première : choisir l'ouverture du diaphragme

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
FORUM SAINT-JOHN PERSE :: ARCHIVES : SAINT-JOHN PERSE À L'AGRÉGATION DE LETTRES 2007 :: Dialogues agrégatifs : discussions à propos de la présence de Saint-John Perse au programme du concours (session 2007)-
Sauter vers: