FORUM SAINT-JOHN PERSE

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 Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4

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Irmeyah



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MessageSujet: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   Mer 15 Nov - 11:37

Je propose un nouvel essai d'explication. Je ne promets rien ... et je demande votre aide pour certains passages. Merci d'avance.

EXPLICATION de TEXTE : VENTS, I, 4


Présentation :

Les trois premiers chants de la partie I de Vents ont lancé les vents et ont décrit leur puissance. Ici ce ne sont pas tant les vents qui sont décrits mais leur nécessité qui est illustrée, si « l’homme » (l.3) veut connaître la liberté et la vie. Description très probable de la Bibliothèque du Congrès où SJP a eu un emploi lors de son exil pendant la Seconde GM. Description lyrique, ultra-sensitive (toucher, poussière) de ce qui consitue la sédimentation énorme de la science et la masse des livres, collection complète des savoirs humains. Mais ce ne sont pas ces savoirs et ses livres qui sont expliqués, décrits, résumés : ils sont déjà perçus (touchés) comme poudre à pulvériser, à éventer, à disperser. Les livres sont tristesse et sécheresse stérile.
Comment expliquer cette absence des vents pourtant si nécessaire ici ? Sans doute par l’expérience vécue par SJP personnellement : il n’a pas pu s’échapper de cette Basilique puisqu’il a du y travailler. Mais ne tentons pas trop de commenter l’œuvre par le biographique, c’est précisément ce que ne voudrait pas SJP …
Tragique sens métatextuel : l’œuvre poétique elle-même est un livre … qui doit être pulvérisé, éventé, dispersé ?

Pbtique :

Comment le poète perçoit la sédimentation constante du savoir dans les livres accumulés et en même temps leur caractère épars, poudreux, émietté ? Vision entropique, thanatique (funéraire, cf. cendres) du savoir scientifique accumulé, opposé à l’affirmation de vie cf. vers final

PLAN :

I – Verset 1 introducteur et 1ère laisse : arrivée à la Basilique du Livre et description générale de son contenu : livres innombrables, lampes et silence studieux, sacré. Basilique  temple. Lieu de la stabilité, du rangement rationnel éternels, immuables.

II – Laisse 2 : irruption d’un jugement axiologique radical : condamnation de cette Basilique, nécessité de faire venir les vents, de pulvériser ces « aquêts » accumulés de la science, miettes et squames dérisoires et abjects, sans quoi le poète (qui apparaît alors à la P1) serait contaminé.

III – Laisse 3 : impossibilité du verbe dans les 2 premiers versets : énumération homologique qui invoque de nouveaux sens : après le toucher : l’odorat et le goût accentuent le dégoût pour ce qui est considéré à présent explicitement comme « l’infection » ; une seule issue : la fuite, si on veut rester en vie.



I : La Basilique : lieu de la stabilité, de l’accumulation et du rangement rationnel éternels, immuables.

- Verset 1 :
programme du chant ? Non, plutôt retour à tout ce qui a déjà été dit : autrement dit les livres : « tout à redire » : Basilique du Livre contient déjà « tout » (ce qu’a dit l’homme) : faut-il le redire ? se demande le poète ; tonalité de spleen, de désespoir, de rétrospecive. Reprendre/redire : dire c’est prendre : nécessité du retour au dire concrétisé, préhensible = le livre. Le souffle poétique doit revenir par ce qui est parole sans être souffle pour se régénérer (a contrario visiblement : parole qui renaît dans la mort - cf « la faux »- de la parole). Bibliothèque est lieu de la parole sédimentée, pesante, lourde, rangée, fixée, immuable, morte.

Laisse 1 :

- Verset 2 : aspect narratif du début. Caractère événementiel de cette visite à la Bibliothèque. Mais déjà distance prise par « l’homme » vis-à-vis du lieu par le « rire ». Ce n’est pas pour se plonger dans la bibliothèque que vient « l’homme », mais pour rire de cette basilique, pour s’en moquer, s’en démarquer. Aspects structuré, rationnel, solide du lieu « galeries de pierre » qui seront ensuite pulvérisée par le souffle poétique dans les laisses suivantes. « rampes de sardoine » de quoi s’accrocher pour empêcher les vents de vous emporter ? Symbole même du contraire du vents, du contraire du souffle poétique (sardoine quant à elle est matière de fixation d’une image -camée, de même que le bronze et l’albâtre : matières de gravure, pesantes, ennemies du souffle). « homme de peu de nom » : explication autobiographique ? de peu de renom. Ou bien tout homme entrant dans une telle bibliothèque ne perd-il pas tout « nom », tout renom, toute individualité, toute gloire (or gloire, éloge personnelle est consubstantielle à la poétique de SJP) ?  perd son identité : « Qui était-il, qui n’était-il pas ? » : l’homme a été subjugué par la Basilique qui lui a ravi son individualité, sa force personnelle.

- Verset 3 : forme d’énumération déjà (le contexte de la bibliothèque l’impose …), mais descriptive. Batisse formée de matières précieuses : agate, marbre ; caractère « lisse », brillant : « où se lustrent », effet réflexif, caractère clinquant, prétentieux, luxueux, luxuriant de cette science imbue d’elle-même (« les lampes » symbolisent « les lumières » de la science)
Ces « carrières de marbre », c’est la bibliothèque elle-même, endroit pesant rempli de matière brute, lourde, cassante (caractère de pierre formée par sédimentation cf. plus loin : c’est une solidité illusoire). Caractère artificiel de cette bibliothèque où les livres ne sont que des femmes offertes à « l’homme », il n’a qu’à choisir (« sérail »). Chaque chose est à sa place dans « leurs niches » (ici animalisation instrumentalisée – chiens ?, dévalorisante). Idée de la fermeture, de l’enfermement, du resserrement, du confinement : « sous bandelettes », « dans leurs jarres » « chambres closes » : c’est une pratique systématique qui ne prend sens que dans le religieux : « Temples » cf. « Basilique ». Lieu garant de la fixité des coutumes, de l’éternité et de l’immuabilité d’une vision du monde.
« livres tristes » : déjà un sentiment négatif ressort de ce lieu funéraire ; livres qui s’empilent par couches comme des strates géologiques (« couches crétacée », « sédiment ») : ces livres ne doivent être que la terre sous les pieds du poète, terre au dessus de laquelle soufflent les vents poétiques qui font bouger les choses malgré la fixité du sol.

- verset 4 : répétition avec variation « illustrent » au lieu de « lustrent » (v.3) : le caractère narcissique de cette science est réaffirmé avec ironie (SJP poète de la gloire et de la célébration mais il ne se veut pas narcissique). Répétition qui mime aussi le caractère régulier et répétitif du lieu. Cadence mineure qui fait conclusion (résomptive par gradation) et prépare un nouvel élan poétique de ce chant :
« hauts murs … lampes » : 16 mots
« silence et silencieux office » : 3 mots
« Prêtres et prêtrise » : 2 mots
« Sérapeum ! » : 1 mot
Effet d’entonnoir qui réduit rapidement et de manière exponentielle l’énumération précédente. Inflation et déflation poétiques. Effet de gonflement et de dégonflement : c’est bien une poétique de l’air, du souffle, du vent.

jeux de variations phoniques et paronomases : « par le silence [silâns] et par la science [siâns] »
« hauts murs » qui bloquent les vents et protère un « silence » de leur souffle.
Silence du sacré, sépulchral (« sérapéum ») : sacré lié à la fixité et à la mort.

II : Laisse 2 : Eventation et pulvérisation de ces sédiments

- le poète (si jamais il était « l’homme ») se met à parler en son nom propre « nous » v.5, « m’évente » v. 6

Verset 5 :

- effet de paradoxe : « doigt souillé aux poudres des archives » / le laver aux « fêtes du Printemps vert » : c’est ce qui est sec et mort et poudreux qui souille, et ce qui est vivant qui purifie : poésie de la vie, du mouvement, de l’organique, et du renouveau.
- « poudres » : hyperonyme qui annonce toute une série d’hyponymes caractérisant la pulvérisation poétique des livres : en effet, au lieu de décrire la transformation de la Bibliothèque en poudre, le poète opère par la langue lui-même cette transformation : ainsi les archives deviennent poétiquement de la poudre, puis :
- De la « pruine », du « fard » v. 5
- V. 6 : « loess, craie »
- V. 7 : « talc, poudres, poussière, poudre de pollen, spores et sporules, émiettement, écailles, choses faveuses à la limite de l’infime, dépôts, limons, lies, cendres, squames »
 on est donc passé d’un hyperonyme à la dispersion d’un éventail lexical à l’occasion d’une énumération homologique qui mime ainsi elle-même cette pulvérisation (ce chant est donc performatif, il dit en même temps qu’il fait : car effectivement, il « évente tout ce loess »).

Classement par règne :

Minéral : loess, craie, talc, poussière, dépôts, limons, lies, cendres
Végétal : pruine, poudre de pollen, spores et sporules, (écailles)
Animal : (écailles), émiettement d’ailes de piérides, squames
Artificiel : fard

 développement du sème de la décomposition (pyramide qui a une base minérale autrement dit élémentaire, décomposée, entropique) , de la pulvérisation, de la dispersion : cependant se mêle dans ce lexique des mots à sème funéraire (cendre, poussière) et à sème génital (pollen, spore) : cette dispersion est conjuration de la mort inhérente aux livres en même temps que renaissance, renouveau. La poésie de SJP est poésie non de la composition mais de l’entropie régénératrice.

- il faut noter que cette poudre est d’abord celle qui colle à la peau ou à l’objet : « pruine » et « fard » : il faut la force du vent pour en faire du « loess » : le caractère vertical, constant, grave (gravité terrestre) de la sédimentation est ainsi conjuré : les corps sont libérés de leur couche de « pruine » et de « fard » par des vents horizontaux.
- « archives » = « vieillesse » en décomposition ; conception étonnamment physique, sensible, sensitive de la science (symbolisée par les livres touché par ce « doigt » qui revient au v. 7 avec « attouchement »). Ce n’est pas la science en tant que telle qui est condamnée mais les livres qu’elle produit et par lesquels elle rend « l’esprit » de l’homme pesant, figé, rationnalisé, emprisonné.

« comme aux gisements des villes saintes de poterie blanche, mortes de trop de lune et d’attrition » : passage pour lequel j’implore votre aide … car il résiste à toutes mes tentatives d’analyse

Verset 6 :
- jeu « loess »/ « leurre », cf. cette « poudre » qui était du « fard » (artificiel, trompeur) : « supercherie » : c’est ce dépôt qui étouffe et cache le réel. Recherche platonicienne que cet éventement d’une poudre fallacieuse qui recouvrerai le réel pour nous en cacher la nature. La science des livres recouvrent le réel (« tout » le réel, car la science s’attaque à « tout » cf. v.1) et finit par l’étouffer au lieu de l’exalter, de le mettre en lumière, de le faire vivre. C’est une religion de mort, « triste », « pâle ».
- cet éventement représente, de même que la clausule de ce chant, tout le programme du poème Vents

verset 7 :
- « à mon doigt d’os » : le doigt de l’homme qui touche les livres est contaminé par leur sécheresse, leur caractère mortifère. Le contact entre la science des livres et l’homme ne peut qu’être sec et non organique.
- « talc d’usure et de sagesse » : la science use le réel, l’appauvrit. « Sagesse » et « savoir » des livres ne sont que miettes, quantité négligeable pour le poète et son souffle.
- « comme aux fins de saison » : poète-prophète qui annonce ou même accomplit la fin d’un temps et passe à un autre état : celui des vents ; Le poète ici parachève la décomposition entropique des livres, du savoir, en les dispersant. C’est l’occasion aussi pour le poète d’emmener avec lui (avec son vent, son souffle poétique) une partie (même « infime ») de chaque élément du réel. Faire de tout le réel de la poudre c’est en faire quelque chose de maîtrisable par les vents, autrement dit par le poétique.
- Décomposition organique est aussi pathologique et repoussante : « lactaires », « choses faveuses », « fèce », « limons et lies à bout d’avilissement » (jeu phonique sur [li]), « squames » : « l’esprit » doit se purger et se débarrasser de ses « pruines » métaphoriques même si elles sont encore bien collées à lui, encore liée organiquement, afin d’être libre.


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Irmeyah



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MessageSujet: Re: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   Mer 15 Nov - 11:38

III : Après le toucher, l’odorat et le goût viennent accentuer cette sensation d’entropie, de décomposition

« Ha ! » semble introduire chacun des trois sens décrits ici : v. 6 : toucher, v. 8 : odorat, v. 9 : goût. C’est l’interjection expressive d’une sensation, en même temps que d’un sentiment et d’un désir : d’où tonalité lyrique du texte.

- v. 7 finit sur des choses assez repoussantes : ici on continue avec de mauvaise odeur : ce « parfum tiède de lessive », cette « fade exhalaison de soude », « coprah » (savon), « algues »
- mais toujours idée d’une purgation/purification (cf. « laver » v. 5) : « lessive », « terres blanches » (répété), « foulon » (argile qui dégraisse les vêtements), « soude » (détergent, permet de récurer, de ronger les impuretés), « pulpe blanche de coprah » (savon …)
- on n’a donc plus l’impression d’être dans la bibliothèque (a-t-elle été pulvérisée ?) mais dans l’air (on accompagne le poète dans ses périples aériens et son voyage parmi les odeurs)
- idée d’une purification en même temps que d’un renouveau vital, une régénération : « fomentation sous verre », « terre de bruyère », « serres victoriennes » : germination de nouvelles plantes.

v.9 :
- synesthésie : odeurs réveillent des sentiments passés : ici sentiment de « sécheresse et supercherie d’autel » et goût des « pruines » du v. 5
- refuges, places fortes, bâtisses solides : « asile, casbah » : idée d’un refuge que constitue tout de même cette Amérique de la Bibliothèque du Congrès, celle qui a accueilli SJP pendant son exil, qui lui a proposé un « asile » et qui l’a protégé : « casbah »
- « carie de grèves à corail » : monde est perçu comme un être humain, la nature est un système organique, un corps : les grèves sont ses dents ; et cette nature est attaquée par une « carie », un trou, une « infection des rames de calcaire » (les dents blanches ?; Aspect blanc et massif de la Bibliothèque ?) : « aux trahisons de l’écliptique » : la venue de la nuit, régulière, qui provoque un noircissement progressif de la Terre ?

« … » : l’énumération pourrait continuer, le poète pourrait être pris dans le flots des choses du monde, mais il surmonte cette nouvelle vague énorme.

- clausule :
« S’en aller » : idée de fuite qui revient après « asile », après cette énumération très longue d’items divers, retour d’un verbe, ressurgissement d’une action.
Caractère performatif ce cette injonction poétique : la dire (deux fois) c’est s’en aller de cette énumération, s’en échapper ; + fin de ce chant et passage à un autre
« parole de vivant » : c’est le principe de vie qui pousse le poète à fuir, à s’en aller avec les vents ; c’est aussi le poète comme représentant non seulement de tout homme, mais de tout « vivant » : comunion cosmique avec toute vie.

CONCLUSION :

Un homme s’en vint rire à la Basilique du Livre et il s’en est allé, poussé par les vents. Il y a le motif récurrent dans Vents du rejets des choses établies : ici la cible c’est le savoir institutionnalisé et figé dans le livre, confiné, rangé, entassé dans une Bibliothèque. C’est l’idée de pesanteur et d’immuabilité, de sédimentation constante et irrépressible de ce savoir scientifique accumulé par l’humanité. Car cette bibliothèque est la bibliothèque par excellence qui représente et typifie toutes les autres. Contraint de toucher à ces livres, le poète se sent concrétisé (il préfèrerait être dans le vent, aérien), matérialisé et souillé par ce savoir disséminé, pulvérisé, dans ces pages, ces archives : il lui faut se laver dans un fleuve d’odeurs de savon, et résister à la supercherie d’asile que représente ce lieu : « s’en aller » est un impératif catégorique persien, un refrain de tout le poème. C’est aussi cette tendance du poète a embrasser la totalité plurielle d’un monde pour mieux s’en échapper, s’en envoler.


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Irmeyah



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MessageSujet: Re: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   Mer 15 Nov - 12:11

Je signale que le passage de word à ici provoque certaines altérations de la mise en page et de quelques signes typographiques.
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MessageSujet: Re: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   Mer 15 Nov - 21:27

Pour ma part : je vous réponds dans quelques jours (je n'en ai pas la possibilité pour l'heure). Mais à première vue, votre travail me paraît tout à fait juste.
Bien à vous, Loïc Céry
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MessageSujet: Exil chant 6   Sam 18 Nov - 17:08

Est-ce que quelqu'un pourrait me proposer des pistes pour l'interprétation du chant 6 du poème Exil s'il vous plaît? surtout la phrase "n'ont que faire de mon chant"
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MessageSujet: Re: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   Dim 19 Nov - 11:46

Bonjour à vous et merci d'avoir rejoint le forum. Je vous réponds en début de semaine. Bien à vous, Loïc Céry
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MessageSujet: Re: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   Dim 19 Nov - 14:39

Petite déception pour moi quand j'ai vu que vous aviez posté un message mais qu'en fait ce n'était pas lié à mon explic... j'attends avec impatience ! Et merci d'avance !

J'ajoute que j'ai aussi fait encore une autre explic (utile pour décrypter Perse), de Vents IV, 2 (dernière strophe p. 70), que je mettrai sur le forum une fois que vous aurez eu le temps de commenter celle-ci ...
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Irmeyah



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MessageSujet: Re: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   Dim 26 Nov - 12:10

Note : après écoute de l'explication de Mme Caduc, j'ai mieux compris certains passages comme les "villes saintes de poterie blanche".
Je pense cependant que je dis pas mal de choses que Mme Caduc ne dit pas, même si mes interprétations ne sont pas - généralement - contradictoires avec ce qu'elle propose.

A bientôt j'espère,

I.
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MessageSujet: Re: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   Mar 26 Déc - 23:23

Me pardonnrez-vous, Irmeyah, de ne vous répondre qu'aujourd'hui, avec tout ce retard accumulé ?

Votre lecture du chant 4 de la première section de Vents me paraît tout à fait juste : vous avez bien perçu, non seulement le sens général de cette pulvérisation du savoir sclérosé représenté par la Bibliothèque mais aussi l'inscription de ce sens dans l'intimité littérale de toutes les descriptions que le poète met en oeuvre ici. Toute votre attention à ces détails sont donc à mon sens très bien sentis, d'autant plus que vous avez le souci d'en répertorier une sorte de classement, qui rend compte à mon avis assez bien de la richesse qui est incontestablement en jeu dans ce foisonnement textuel.

Vous me permettrez néanmoins de ne pas partager un point de votre lecture, qui n'est à pas selon moi un point de détail, et qui pourrait être à l'origine d'un contresens fâcheux. Quand vous émettez l'hypothèse de lecture, dans votre introduction, selon laquelle "l’œuvre poétique elle-même est un livre … qui doit être pulvérisé, éventé, dispersé ", je voudrais vous dire que je ne crois pas qu'il faille ranger le poétique dans cette identification au livre qui doit être pulvérisé : ce chant, et le poème en général, tentent d'instituer le poétique en investigation divinatoire du réel, faisant appel après son exercice, son épreuve en quelque sorte, à son inscription sur la page, comme un témoignage - travail de "scribe" du poète. Le poétique n'est donc pas visé par cette volonté de dépassement du savoir mort glané dans les bibliothèques : il est conçu par excellence comme tribut de cette quête de connaissance qui est en jeu dans le poème. Cette connaissance elle-même conçue comme un processus de revivification, ce en quoi la connaissance rejoint le mouvement de l'être, et se situe au-delà du savoir acquis, rejoignant cette sorte de maxime qui apparaît dans l' "Invocation" d'Amers : « Et qui donc, né de l’homme, se tiendrait sans offense aux côtés de ma joie. – Ceux-là qui, de naissance, tiennent leur connaissance au-dessus du savoir »
Le poétique s'oppose donc à ce savoir rassurant et positif, il en est le contre-pied et le contrepoint, il intervient pour redonner sens au savoir.

Prenez garde également à trop identifier ce savoir visé par Perse, à la science stricto sensu : c'est un ensemble qui est visé, et c'est surtout le statut même du savoir en général ; il sera faux d'y voir une attaque envers le savoir scientifique, qui est au contraire valorisé dans Vents, comme résultat de cette modalités d'élargissement constant des frontières du connu, une fois que le processus, encore une fois, de la connaissance perçue comme quête essentielle, a été redéfinie et affermie.

Vous avez raison de vous méfier aussi des interprétations strictement autobiographiques ; ainsi, vous le faites pour ce qui est de l'identification de la Bibliothèque du Congrès à travers la bibliothèque, décrite comme un archétype plutôt qu'un référent précis - d'autant plus, vous l'aurez peut-être noté, qu'après la découverte imprévue dont il est fait état dans le second numéro récemment publié de La nouvelle anabase, vous trouverez dans un emprunt à Contenau, l'une des pistes les plus probantes, dans cette éventuelle enquête de source : la bibliothèque d'Assurbanipal, plutôt que toute autre hypothèse avancée jusqu'alors... L'essentiel étant d'effectuer une sorte de synthèse de ces sources, pour percevoir tout l'intérêt de généralisation qui est celui de Perse dans la composition de son poème et donc de ce chant, en visant à travers la bibliothèque décrite, le symbole même du savoir démonétisé, sclérosé.

Mis à part ces trois réserves, je vous répète que votre lecture me paraît tout à fait satisfaisante, et je n'ai rien à en dire de plus, si ce n'est de vous en féliciter.
Bien à vous, Loïc Céry
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MessageSujet: Re: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   Mer 27 Déc - 15:24

Tout à fait d'accord avec tout cela, merci pour ces nuances.
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MessageSujet: Re: Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4   

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