FORUM SAINT-JOHN PERSE

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 Exil Chant VI

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ophelie



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MessageSujet: Exil Chant VI   Mar 21 Nov - 14:20

Est-ce que quelqu'un pourrait me proposer des pistes pour l'interprétation du chant 6 du poème Exil s'il vous plaît? surtout la phrase "n'ont que faire de mon chant"
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MessageSujet: Re: Exil Chant VI   Mar 21 Nov - 15:31

Si vous n'êtes pas trop impatiente, je vous proposerai une explication dès que j'en aurai le temps, en ce début de semaine. Désolé pour le contre-temps. Bien à vous, Loïc Céry
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ophelie



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MessageSujet: Re: Exil Chant VI   Mar 21 Nov - 17:14

Merci beaucoup. J'ai posté le message ici car je me suis aperçue plus tard que j'avais posté mon message initial dans la section Proposition d'explication de texte : Vents, I, 4' par erreur.
Félicitations pour un forum très intéressant et très enrichissant.
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MessageSujet: Re: Exil Chant VI   Ven 8 Déc - 16:12

Alors, pour vous répondre, avec un grand retard dont je vous prie de m'excuser, j'ai trois choses à vous suggérer :

1) Ce chant VI d'Exil se présente comme l'un des plus célèbres exemples d'énumérations homologiques (telles qu'elles furent nommées par Caillois puis Albert Henry) de l'oeuvre de Perse. Vous connaissez peut-être l'usage que fait Perse de ce type de longue énumération : cela a été évoqué souvent dans la critique persienne (cf. Caillois, Camelin, Sacotte, Levillain). Ici, il s'agit à n'en pas douter, comme dans Anabase, d'une évocation de la diversité humaine. Je suis tout à fait d'accord avec le classement que vous m'avez suggéré par mail... Je voudrais simplement, étant donné que votre interrogation portait là-dessus, attirer votre attention sur la chose suivante : vous l'aurez compris, tous ceux qui sont énumérés, selon la clé finale ("Ceux-là sont princes de l'exil et n'ont que faire de mon chant"), sont perçus comme ayant su trouver, dans cette condition tragique de l'exil - ils sont "princes de l'exil" (avec un petit clin d'oeil intertextuel à Baudelaire), les désinences propres leur permettant de maîtriser leur condition humaine, par la recherche de ce qui relève du primordial dans l'action. Tous les versets qui déclinent cette dénomination anaphorique ("celui qui") permettent de saisir cette diversité d'une sorte d'élite qui a réussi à tirer de la liberté humaine les ressorts d'une transcendance du drame ; en cela, ils n'ont "que faire" du chant du poète, qui appelle à ce renouement dont il sera question dans Vents et qui consisterait, pour ce poème particulier, à trouver les voies les plus sûres qui permettent de surmonter les affres de néantisation propres à la condition de l'exilé : "Exil" est une lutte. Ceux qui sont désignés par l'énumération attestent des ressources trouvées dans l'exil lui-même, pour en dépasser le drame : ils ont déjà atteint cette plénitude que vise le poème, et sont en ce sens, porteurs d'excellence - celle-là même que recherche le poète.
En cela, votre classification est tout à fait intéressante, et je ne crois pas devoir y revenir, d'autant plus que mille détails peuvent être évoqués à propos de la composition même de cette très riche et très foisonnante énumération. Je noterais par exemple, pêle-mêle, parmi les activités décrites : la vie d'une alliance avec la nature ; le travail rigoureux du langage (et on pense bien sûr au poète : 7e verset) ; l'enthousiasme qui provient d'une activité créatrice et spirituelle ; l'occupation principale d'une tâche de ressourcement ("celui qui mène aux sources sa monture sans y boire lui-même") ; la rêverie de l'ardent, de l'intense ("celui qui rêve, aux selleries, d'un parfum plus ardent que celui de la cire") ; la contemplation dans l'action ("celui, comme Baber, qui vêt la robe du poète entre deux grandes actions viriles pour révérer la face d'une belle terrasse") ; l'attention aux lois de la nature, avec un souci de documentation scientifique ("celui qui tient commerce, en ville, de très grands livres : almagestes et bestiaires") ; le travail minutieux du langage...

2) Retour est fait, hors de cette longue énumération, sur la condition de l'homme dans l'exil, apatride radical qui doit se résumer à son être : "Etranger, sur toutes grèves de ce monde, sans audience ni témoin..." Et dans cette condition, plus que jamais, les accents autobiographiques du poème sont renforcés : "J'habiterai mon nom" fut ta réponse aux questionnaires du port." La situation propre à l'étranger, cette image essentielle de l'homme, certes, mais l'affirmation surtout, d'une attitude fondamentale d' "élire demeure" dans la profération de son propre nom, c'est-à-dire, d'assumer jusque dans ses ultimes retranchements la condition apatride, pour en faire le lieu même de l'identité : "J'élis un lieu flagrant et nul". Et je reprends à dessein le terme d' "élire demeure", puisqu'il est de Starobinski, commenté par Henriette Levillain, dans le séminaire en ligne qui s'était tenu sur le site il y a quelques mois de cela - vous trouverez sa contribution en guise de 4e séance, à l'adresse suivante : http://www.sjperse.org/telechargements.htm

Voilà donc quelques réflexions, maigres, mais j'espère qu'elles vous seront utile. Si vous avez encore une question, n'hésitez pas.
Bien à vous, Loïc Céry


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MessageSujet: Re: Exil Chant VI   Sam 9 Déc - 18:41

Bonjour
Je vous remercie de tout coeur pour des réflexions très instructives!
Une image qui m'a très frappée est celle de "la princesse d’os épinglée d'or qui descend les cours de siècles sous sa chevelure de sisal" est-ce qu'on peut y percevoir une figure de la Mort qui hante la guerre? En plus est-ce que ce serait juste de dire que dans ce texte il y a une certaine beauté fragile? eg. les vanesses s'émiettant?
Merci encore
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MessageSujet: Re: Exil Chant VI   Dim 10 Déc - 20:29

Bonjour à vous ; je ne sais trop quoi vous répondre à propos de l'interprétation de la première image que vous évoquez, en revanche, je tiens à vous confirmer la justesse de votre lecture de la "fragilité" en jeu dans le texte : toute une isotopie de la fragilité parcourt à vrai dire "Exil", qui incarne cette précarité existentielle de la condition de l'exilé. Vous en avez je crois une illustration magistrale avec le chant V - dans tout le chant, mais surtout dans ce passage, où culmine une sensation de fragilité extrême :

"« Avec l’achaine, l’anophèle, avec les chaumes et les sables, avec les choses les plus frêles, avec les choses les plus vaines, la simple chose, la simple chose que voilà, la simple chose d’être là, dans l’écoulement du jour…
« Sur des squelettes d’oiseaux nains s’en va l’enfance de ce jour, en vêtement des îles, et plus légère que l’enfance sur ses os creux de mouette, de guifette, la brise enchante les eaux filles en vêtement d’écailles pour les îles…"

Il est donc assez cohérent qu'au sein de l'énumération homologique du chant VI, cette isotopie soit encore illustrée.

Bien à vous, Loïc Céry


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MessageSujet: Re: Exil Chant VI   Lun 11 Déc - 22:29

Je vous remercie encore. Juste une dernière question: y a-t-il une différence entre énumération homologique et épanaphore s'il vous plaît?
Je m'excuse de vous déranger...
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MessageSujet: Re: Exil Chant VI   Mar 12 Déc - 1:26

Et bien écoutez, pour être précis je dirais que l'énumération homologique persienne procède souvent par épanaphore : ici, "celui qui" tient lieu d'embrayeur itératif au sein de l'énumération en question, et on peut donc parler dans ce cas d'épanaphore.
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